02/08/2006

maltraitance

             L'article qui suit me tient particulièrement à coeur. Je l'ai écrit il y a déjà deux ans, quelques semaines avant mon entrée à l'unif'. Un peu long, il est vrai, mais à lire jusqu'au bout... ;)

 

            A la télévision, je viens de voir un débat sur la maltraitance : peut-on se reconstruire ? Chaque intervenant, une ancienne victime, entrait à tour de rôle sur le plateau relater les faits qu’il avait vécus.

            La première chose qui m’ait frappée est le fait qu’à chaque nouvelle arrivée, les participants commençaient par dire : « J’ai beaucoup d’admiration pour le courage de ces gens (en montrant les autres victimes). Leur histoire est terrible ! » Comme si la leur ne l’était pas. Comme s’il y avait négation de leur propre malheur.

            Pour être tout à fait exacte, il ne s’agit pas d’une véritable négation de leur souffrance mais plutôt d’une forme de protection, de relativisme de leur propre douleur (« il y a pire que moi »). De plus, il faut aussi comprendre que leur histoire, ils ont eu le temps, en quelque sorte, de la digérer. Ils ont dû faire face au moment même et ce fut dur, certes. Mais, à présent, c’est fait, c’est fini… et ce n’était peut-être pas aussi terrible que ça, finalement.

            C’est là qu’intervient la véritable négation du mal, comme si ce qu’ils avaient vécu n’était pas si horrible. Car on parle bien, ici, de maltraitance au sens le plus grave du terme, avec tout ce que ça contient de violences physiques, sexuelles et psychologiques.

            C’est donc dans ces moments de déni de soi, car cette maltraitance fait partie à tout jamais de leur histoire, de leur être, qu’il est important que quelqu’un, qui qu’il soit, rappelle à la victime que son récit, son histoire est terrible aussi.

 

            Tous parlaient de la difficulté d’en parler et du besoin, pourtant, de se libérer de ce passé qui fait mal en en parlant, en écoutant, regardant, sentant la réaction de l’autre, pour voir, pour savoir si l’on est toujours considéré comme normal.

            Et c’est vrai que, bien souvent, la victime a l’impression que personne au monde ne peut la comprendre, jusqu’à ce qu’enfin une personne, un « libérateur » prenne enfin conscience de cette souffrance, sans que celle-ci ne soit nécessairement exprimée oralement car de nombreux signes autres que la paroles sont révélateurs d’un trouble, même si, soyons honnête, ces signes ne sont pas (ni ne peuvent être) systématiquement (re-)liés à une maltraitance.

 

            Il reste néanmoins nécessaire que quelqu’un prenne conscience de ce mal-être.

            A partir de là, l’échelle de sauvetage est lancée. Ce « libérateur » peut aider efficacement la victime en faisant appel à des spécialistes (psychologues, centre PMS, médecin, centres spécialisés pour femmes battues, SOS enfants, et bien d’autres) mais aussi en étant et restant une oreille attentive pour la victime : l’écouter, être présent, la rassurer… et surtout, arriver à lui extirper cette foutue douleur en parlant de son histoire.

            De fait, je suis en parfait accord sur ce point, avec Françoise Dolto pour qui toute thérapie doit passer par une prise de parole du patient sur sa souffrance, que cela se fasse avec un thérapeute ou non, peu importe.

            Malheureusement, il arrive bien souvent que l’enfant ne trouve personne avec qui en parler, se persuadant de plus en plus que ce qu’il vit est normal, que c’est ainsi dans toutes les familles voire que c’est lui qui n’est pas normal d’en souffrir ainsi, de ne pas accepter cette situation ou de ne l’accepter que mal. Et ce n’est souvent qu’une fois adolescent voire adulte qu’il se rend compte, au détour d’une banale conversation ou par une prise de conscience de l’image familiale véhiculée par les médias, que ce n’est pas normal.  

            Cela n’empêche pas certains enfants maltraités devenus adultes de reproduire leur schéma familial sur leur(s) propre(s) enfant(s).

            Est-ce à dire que tout enfant battu deviendra nécessairement batteur d’enfants ? Bien sûr que non, il ne s’agit en aucun cas d’une vérité générale. Même s’il est vrai qu’une très grande majorité de parents qui maltraitent leurs enfants ont eux-mêmes été maltraités étant enfant, le contraire est loin d’être vrai !

            Alors, pourquoi certains arrivent à surpasser ce mal et à construire un nouveau schéma familial quand d’autres en sont incapables ? C’est une question à laquelle il est difficile de répondre car, ici aussi, aucune vérité générale ne peut être admise : il s’agit d’analyser les situations au cas par cas.

            Néanmoins des essais d’explication peuvent être formulés.

            Ainsi a-t-on remarqué que certains enfants arrivent à quérir une force en eux et à voir plus loin que le présent : ils peuvent, dès lors et bien que maltraités, avoir d’excellentes notes à l’école, par exemple, s’acharnant à l’étude dans le but présent que le temps passe plus vite, et d’oublier, pour un temps, l’horreur de la vie quotidienne, mais aussi dans le but futur d’être enfin un adulte indépendant, inaccessible à l’emprise de son bourreau. D’autres se lancent corps et âme dans une entreprise, une discipline qui leur tient à cœur (dessin, football, cheval, …) et qui leur permettra d’être enfin reconnu.

            Bien d’autres exemples pourraient être cités.

            On observe, là, des enfants qui tentent de surpasser leur souffrance, de l’oublier (de la nier ?) pour rendre la vie plus supportable au jour le jour. Malheureusement, certains n’y arrivent pas, et se fondent dans une déprime, dans un malaise, dans un mal-être même, permanent, ce qui amène parfois, dans le pire des cas, au suicide.

            C’est à nous, les adultes, de détecter ce mal, et de donner à ces enfants une raison de vivre, autre que leur souffrance. A nous d’essayer de les protéger de toute violence familiale. A nous aussi de créer des institutions dignes de ce nom pour les accueillir au mieux, le cas échéant, et les aider. A nous, enfin, d’agir pour que ces enfants malheureux aujourd’hui soient des adultes épanouis demain.

10:18 Écrit par Tayiam dans Article | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

... C'est bien d'avoir un aussi joli but dans la vie... ;)

Ceci dit, je suis d'accord avec Marc "YO" Uyttendaele, dans les Novelles c'est pas une bonne idée, parce que c'est pas du tout l'esprit, et puis j'ai peur qu'en fac de droit, où le nombre de ******** n'est plus à démontrer, ce genre d'article attire beaucoup d'indifférence...

Je sais pas, c'est comme tu veux de toutes façons ;)

Sinon, ton texte est très bon, très intéressant, et je pense pas avoir vu de fautes non plus... Spas normal... :P
Mais en fait, il est un peu court, aussi, on sent légèrement que tu pourrais écrire encore 15 pages sur la question... ;)

Après, hein, après... ;)

Kiss kiss ( :roll: ;) )
@++ :D

Écrit par : Arlequin | 03/08/2006

l'avis de l'infograpiste Salut, c'est l'infographiste des Novelles!

Bon, ben voilà, comme promis, j'ai lu ton article... ... avec difficultés car je suis crevé, mais je suis tout de même assez lucide pour me rendre compte qu'il est bien écrit. Par contre, comme l'a mentionné Arlequin juste avant, il faudra voir si il n'est pas trop court (donc petite mise en page sur le programme pour vérifier tout ça), ce que nous ferons une fois les joyeuses formalités de septembres passées.

Sinon, en ce qui concerne "l'esprit Novelles", tu sais ce que j'en pense... ... il en faut pour tous les goûts. Alors tenter de faire réfléchir les gens entre deux jurisprudences, je trouve ça une très bonne démarche, même si je ne suis évidemment pas le seul à décider, (très) loin de là.

Voilà, pour terminer je te souhaite beaucoup de courage pour ta sess, et je confirme ce qu'a dit Arlequin : "j'ai peur qu'en fac de droit, où le nombre de ******** n'est plus à démontrer, ce genre d'article attire beaucoup d'indifférence... " A la fois, si une seule personne réfléchit, ce sera déjà une victoire, non? ;-)

-biz

Écrit par : Aion | 24/08/2006

mmmh... Moui, je pourrais écrire des centaines de pages sur le sujet...

Ce sera peut-être même mon sujet de mémoire...

Alors, s'il faut le retravailler et l'allonger, ce sera sans problème!

Ce sujet me tient tt particulièrement à coeur, comme le sait Arleu, et oui, si j'arrive à faire réfléchir ne fut-ce qu'une personne, ou si une personne se sent concernée par ce texte, et se sent un peu moins seule, ce sera déjà ça, et j'en serai très fière.

:D

Écrit par : tayiam | 25/08/2006

Suis restée lire un peu encore ...

Cet article me touche beaucoup, un sujet que peu de gens veulent s'attarder à entendre parce que souvent on préfère fermer les yeux. Moi NON, jamais ! Je travaille pour une association qui lutte contre tout cela quelque soit le forme de maltraitance. Alors oui je sais, que c'est très difficile de faire passer l'info sur ce sujet ...

Je t'embrasse, merci pour cet article très intéressant.

Amicalement.

Mary

Écrit par : Mary | 28/12/2006

Débat : LA MALTRAITANCE Débat : LA MALTRAITANCE
Stimulez l’intérêt de vos lecteurs
La maltraitance des personnes âgées est un problème ardu à résoudre. D’abord parce qu’il n’existe aucune loi de protection et de répression contre la maltraitance des seniors, contrairement à la France et similaire à la protection des enfants en Belgique.
Les personnes âgées étant souvent dépendantes sur le plan des aides (ne fusse que l’achat d’un pain), ses soins et de l’hébergement craignent l’expulsion, l’isolement avec interdiction de visite, les privations (promenade, dessert), l’isolement, la mise sous tutelle les privant de l’administration de leur bien, voire les menaces et les coups.
Reste des centaines de témoins précieux de ces exactions : infirmières ou aides soignantes à la retraite, vieilles amies de longue date leur rendant visite, parents (frères et sœurs) non impliqués dans l’héritage et les charges financières, conjoints non mariés écartés manu militari, toutes personnes n’ayant pas de dépendances aux autorités et qui peuvent témoigner de visu à l’écran ou dans la presse et dont un appel à témoin courageusement mené permettrait de divulguer les maltraitances et malversations subies par des personnes très âgées définitivement vulnérables.
Une situation qui ne peut qu’empirer :
SELON SFP Economie : Pour 10.584.534 citoyens Belges et 932.161 personnes d’origine étrangère,
en 2000, 1,730 millions Belges avaient plus de 60 ans et en 2050 ils seront 2,89 millions.
Pour 17% aujourd’hui, les plus de 65 ans représenteront 29% de la population en 2050.
En 2007, il y avait 1338 centenaires dont 151 hommes, pour plus de 7000 centenaires en 2050
Les personnes placées sous tutelle, Alzheimer compris sont plus de 300.000 aujourd’hui.

Le vrai courage est toujours ce qu’il doit être. Il ne faut ni l’exciter ni le retenir (J-J Rousseau)

Aide à personne en danger
Article 422bis. Sera puni d'un emprisonnement de huit jours à un an et d'une amende de cinquante à 125€ ou d'une de ces peines seulement, celui qui s'abstient de venir en aide ou de procurer une aide à une personne exposée à un péril grave, soit qu'il ait constaté par lui-même la situation de cette personne, soit que cette situation lui soit décrite par ceux qui sollicitent son intervention.

R.Balsaux, président de l’APIA asbl

Écrit par : Balsaux | 18/06/2008

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