25/01/2007

Clara (5)

Clara arriva enfin à destination. Son cœur battait la chamade. Elle sentit que sa tête commençait à lui tourner. Elle hâta le pas. Elle pouvait voir la devanture du magasin où travaillait son père. Elle devinait même son ombre dans l’entrée.

 

Elle crut que son cœur allait cesser de battre quand elle le vit, là, devant elle.

 

Elle n’arrivait pas à contenir l’émotion qui la submergeait. Elle sentit le regard interrogateur de son père sur elle. Il était visiblement inquiet. Clara s’avança vers lui, et le serra dans ses bras, ne pouvant réprimer les larmes qui coulaient le long de son visage sans discontinuer.

 

Clara avait toujours été distante avec son père. En tout cas depuis qu’ils s’étaient retrouvés, quelques années après la séparation parentale que Clara avait eu du mal à digérer. Aussi, fut-il tout d’abord surpris de cet élan de tendresse. Il ne referma ses bras sur elle que quelques secondes après qu’elle l’ait serré. Il sentait qu’il ne devait rien dire, la laisser. Mais, il était curieux et impatient de connaître la mauvaise nouvelle qui mettait sa fille dans un tel état. En même temps, il voulait que ce moment dure une éternité. Sa petite fille le serrait enfin dans ses bras. Cela ne faisait qu’un an qu’elle avait emménagé chez lui. Elle n’avait encore jamais prononcé le mot « papa » en le désignant. Elle avait toujours été distante avec lui, en restant malgré tout polie, avec, néanmoins, un soupçon de froideur qui s’accentuait quand elle s’énervait.

 

Enfin, elle se calma. Il lui prit les épaules et lui demanda doucement ce qu’il se passait. Clara ne savait pas trop quoi lui répondre. Comment lui dire qu’il allait mourir, qu’elle avait vu l’avenir, et qu’elle était simplement heureuse de le revoir en vie ?

 

Il ne la croirait jamais. Elle décida donc de transformer légèrement la réalité.

 

-         Je me suis endormie à l’unif, tout à l’heure, balbutia-t-elle. J’ai fait un rêve affreux. Tu mourais à l’hôpital, et j’étais triste, tu ne peux pas imaginer. Quand je me suis réveillée, j’ai été soulagée de constater que ce n’était qu’un rêve. Mais, j’avais envie de te voir, pour être sûre. Je ne supporterais pas de te perdre, papa. Je t’aime.

 

C’était la première fois que Clara le lui disait. Il en fut ému, mais le cacha. Un père digne de ce nom ne montre jamais ses émotions à ses enfants, lui avait-on appris. Clara l’avait découvert à sa mort. Elle qui pensait que son père ne l’aimait que comme objet de défiance envers sa mère, elle avait découvert qu’il envoyait régulièrement des photos d’elle à sa famille en Tunisie. Famille qui connaissait d’ailleurs sa vie, dans les moindres détails. Il exagérait ses qualités, la faisant passer pour la première de promotion, elle qui n’avait achevé sa première BA qu’avec un simple 12/20. C’est à la mort de son père qu’elle avait réellement appris à quel point il l’aimait.

 

Elle avait toujours voulu garder ses distances pour ne pas trop s’attacher, et ne pas trop attendre de cet homme qui l’avait déjà abandonnée une fois, quand elle était petite et qui, pensait-elle, ne l’aimait pas vraiment. Elle avait compris son erreur… Trop tard, avait-elle cru. Mais le destin en avait décidé autrement. Elle pouvait se rattraper à présent.

00:18 Écrit par Tayiam dans Clara | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

... J'aime vraiment ta façon d'écrire...
Je l'avais lu en diagonale jeudi, et maintenant je comprends mieux...

J'ai un proche, hospitalisé, en ce moment... Rien de comparable, et je ne prétends pas comprendre par quoi tu es passée, mais je peux imaginer... et pour ça je t'admire, une fois de plus.

'robizou :)

Écrit par : Arlequin | 28/01/2007

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