31/03/2007

Simplement (1)

-         Vous êtes jolie comme un cœur, mademoiselle, lui lança-t-il.

-         Merci, répondit-elle en rougissant.

-         Jolie à en tomber amoureux.

-         Merci beaucoup, dit-elle en baissant le yeux et en rougissant de plus en plus.

 

C’est par ces quelques mots que leur histoire débuta.

 

Il l’avait vue et l’avait trouvée belle, au premier regard. Une expression populaire disait « taper dans l’œil de quelqu'un ». C’était exactement ce qui s’était passé. Elle était là, dans la rue, parmi de nombreux passants tous plus anonymes les uns que les autres, et soudain, il l’avait vue, elle. Elle parmi tous.

 

Alors, il lui avait dit ce qu’il avait sur le cœur quand elle était passée devant lui. Qu’avait-il à perdre ? Rien !

 

Il n’était qu’un vulgaire vagabond, sale et puant. Il dormait dans la rue. Avec son chien.

 

Elle, elle était typée bourgeoise, propre sur elle, de petites ballerines, une veste de tailleur. Rien à voir avec lui.

 

Il s’attendait à ce qu’elle hausse les épaules et le regarde d’un air de mépris. Ou de pitié. Et s’en aille poursuivre sa route.

 

A la place, elle s’était arrêtée, avait baissé les yeux et s’était mise à rougir.

 

Il n’avait pas compris, sur le moment, puis, s’était simplement dit que cette pauvre fille ne devait pas être bien dans sa tête ni dans sa peau pour s’arrêter face à lui.

 

Pour être tout à fait honnête avec vous, cher lecteur, elle non plus n’avait pas compris son geste.

 

Sa voix l’avait touchée. Le ton poli et pourtant désespéré qu’il avait utilisé aussi.

 

Mais après quelques secondes, elle aurait sans doute continué son chemin, si son chien ne s’était pas approché d’elle. Elle regarda la bête, puis, leva les yeux vers le maître.

 

A ce moment précis, elle sentit qu’il y avait quelque chose qui lui interdisait de partir comme si de rien n’était. Il y avait, indéniablement, quelque chose entre eux. Elle n’aurait pas su dire quoi, mais cela relevait de l’évidence même.

 

Il eut la même impression, au même instant. Il se leva, le regard toujours rivé au sien.

 

-         Je ne voulais pas vous importuner, mademoiselle, s’excusa-t-il. Il avait beau vivre dans la rue, il n’en avait pas moins eu une certaine éducation. Il ne voulait pas qu’elle puisse penser le contraire.

-         Non, non, répondit-elle, en se demandant pourquoi elle n’arrivait pas à articuler une phrase complète, avec sujet, verbe, complément.

-         Je me présente, je m’appelle Vincent.

-         Sophie. Je m’appelle Sophie.

-        Je vous inviterais bien boire un verre, mais cela va être difficile, plaisanta-t-il.

 

Pour la deuxième fois, elle leva les yeux vers lui, et son regard s’illumina, lorsque son visage se fendit d’un large sourire.

 

-         Mais, moi, je pourrais. Il y a un Quick, derrière vous. Vous avez faim ?

-         Non, merci. Je ne voudrais pas abuser.

 

Sophie était mal à l’aise. Elle ne savait pas comment réagir avec lui. Elle ne voulait surtout pas le blesser, le vexer. Vincent voulait, quant à lui, faire bonne impression.

 

Ils sirotèrent un milk-shake tout en déambulant dans le quartier de la Grand-Place.

 

Il apprit qu’elle était étudiante en médecine, en 4ème année. Elle avait perdu ses deux parents, avocats, tous les deux, dans un accident de voiture, deux ans plus tôt. Ils avaient suffisamment d’économie pour que leur fille, unique, puisse en vivre. Elle vivait, depuis lors, seule, dans un petit appartement près de l’hôpital Erasme où elle étudiait.

 

Elle apprit qu’il avait commencé des études de polytechnicien. Il avait, lui aussi, perdu ses parents, et par la même occasion, sa source de revenu. Ses parents étaient chômeurs et n’avait aucune épargne de quelque nature que ce soit. Il avait perdu son logement et n’avait pas réussi à en trouver un autre. Il était mort de chagrin, et n’était pas arrivé à surmonter cela à temps. L’engrenage était lancé. Il avait dormi quelques jours à la rue, pensant que cela ne serait qu’une situation transitoire. Cela faisait trois ans qu’il dépendait du CPAS, était sur des listes d’attentes des logements sociaux bruxellois, mangeait au resto du cœur, dans les Marolles et dormait dans la rue. Aucune amélioration en vue.

 

Ils passèrent l’après-midi à parler, et le soir venu, ils se rendirent compte de l’heure. Ils se quittèrent en se serrant la main.

 

Il chercha un endroit où se laver, dès l’aube. Elle se trouva une excuse pour aller au centre-ville.

 

Ils se croisèrent, "par hasard", à la Rue Neuve.

 

Quelque chose les attirait l’un vers l’autre, sans qu’aucun d'eux ne puisse se l’expliquer.

15:13 Écrit par Tayiam dans Des histoires simples | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

un petit coucou en passant je découvre ton blog et cette bien belle histoire...admirablement racontée...merci de ce partage...salutations

Écrit par : sashana | 02/04/2007

Juste pour te dire que j'ai beaucoup pensé à toi aujourd'hui, quoi qu'il en soit...
J'espère que tu tiens le coup...

Je t'embrasse,
Benoît

Écrit par : Arlequin | 04/04/2007

Les commentaires sont fermés.