12/05/2007

Des rêves honteux...

-         Bonjour Docteur

-         Bonjour. Je vous en prie asseyez-vous.

-         Merci.

-         Je vous écoute.

-         Je… Je ne sais pas trop par quoi commencer. Je… Je crois qu’il y a une chose importante que vous devriez savoir. En réalité, c’est la raison pour laquelle j’ai commencé à venir vous consulter.

-         Bien, je suis à votre écoute. Racontez-moi, je vous en prie.

-         Je… Je fais des rêves bizarres, docteur. J’ai peur d’être malade. Vraiment malade…

-         Quel genre de rêve ?

-         Des rêves de nature érotique, docteur.

-         Vous semblez considérer que ces rêves sont répréhensibles. Y a-t-il une raison particulière ?

-         Oui.

-         Laquelle ?

-         Je… Ce ne sont pas des femmes qui peuplent mes rêves. Mais des enfants. Je… Je rêve que… que mes doigts les touchent.

-         Les touchent où ?

-         … Je touche… Je… Je touche leur sexe.

-         Et que ressentez-vous à ce moment-là ?

-         Je… C’est comme si je faisais quelque chose de bien, comme si je leur faisais du bien. Mon Dieu, quelle horreur ! Comment puis-je faire ce genre de rêve, docteur ? Ce sont des enfants, enfin !

 

Jean éclate en sanglots. Il ne pleure pas souvent, pourtant. Mais, là, l’émotion est à son comble. Il vient d’avouer à quelqu'un d’humain sa pire honte, sa plus grande souffrance mais aussi sa plus grande peur. Il rêve qu’il touche des enfants, parfois même qu’il leur demande de faire des choses très intimes. Dans ses rêves, ce sont toujours des filles. Des petites filles d’une dizaine d’années. Elles ont l’air si heureuses dans ses rêves.

 

Il se dégoûte lui-même depuis qu’il a commencé ces rêves. Il pensait que cela s’arrêterait, que ce n’était que la peur de devenir bientôt papa qui l’effrayait. Mais, ces rêves perdurent depuis six mois déjà, et sa femme est sur le point d’accoucher. D’une petite fille.

 

Il n’a rien dit de ces rêves à son épouse. Il l’aime trop pour risquer de la perdre.

 

Alors, il a décidé de venir consulter un psy. Cela fait deux mois que la thérapie a commencé. Il voulait attendre d’avoir confiance en sa thérapeute avant de lui avouer. Il savait que c’était ridicule car c’était son métier, mais en même temps, il ne pouvait pas venir devant un pur inconnu lui dire ce qu’il venait de lui avouer.

 

Il a peur. De plus en plus. Et si il était pédophile ? Et si un jour il faisait du mal à sa fille ou à tout autre enfant, d’ailleurs ? Et s’il l’avait déjà fait et qu’il ne s’en souvenait plus ?

 

Des milliards de questions tournaient dans sa tête.

 

Une fois lancé, il ne s’arrête plus. Il raconte, il raconte. Il raconte ses rêves et son dégoût de lui-même à chaque réveil. Il aimerait tellement comprendre ce qui lui arrive. Il est prêt à prendre n’importe quel traitement pour juste redevenir normal. Il a peur.

 

**

 

Cela fait deux mois que Jean a révélé son secret. En deux mois, il a appris beaucoup de choses sur lui-même. Bien sûr, il lui faudra encore du temps. Du temps pour oublier ces rêves qui ont, heureusement, disparu. Du temps pour oublier d’autres choses aussi.

 

Au fil de sa thérapie, il est remonté jusqu’à sa tendre enfance. De récit en récit de souvenirs d’enfant, il s’est un jour rappelé une scène qu’il avait tenté d’enfouir au plus profond de lui. Son oncle aimait bien les enfants. Un peu trop bien, malheureusement.

 

Un jour, Jean était rentré par inadvertance dans la chambre de son oncle qui était « occupé » avec une petite fille. Jean avait pris ses jambes à son cou. Du haut de ses six ans, il avait très bien compris que son oncle et la petite fille faisaient les mêmes choses dégueulasses que sa maman et son papa, la nuit.

 

Son oncle l’avait rattrapé. Ils avaient longuement discuté, et son oncle lui avait alors expliqué qu’ils ne faisaient rien de mal, au contraire, il faisait du bien à la petite fille. Mais que cela devait quand même rester un secret entre Jean et lui.

 

Jean était mort de trouille. Il n’y avait pas une once de gentillesse dans le regard de son oncle, juste de la démence. Il avait couru dans les jupes de sa mère et n’avait plus décollé de là.

 

Il n’en avait jamais parlé à personne et avait enfoui ce souvenir très très loin dans sa tête.

 

Maintenant qu’il a redécouvert ce lourd secret, il tente de se reconstruire. Petit à petit. Il a fini par en parler à sa femme qui a, entre temps, accouché d’une petite fille merveilleuse. A deux, ils construisent à présent leur vie, qu’on leur souhaite la plus épanouie possible.

09:10 Écrit par Tayiam dans Article | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

... oui, je sais, le titre du texte n'est pas terrible, hein. Je trouve aussi.

Si vous avez une idée, ben, je suis preneuse! ;)

Écrit par : tayiam | 12/05/2007

Les cauchemars .... permettent de "se vider" de nos peurs, de nos tracas...Bonne semaine! et du courage pour étudier.

Écrit par : mariwi | 13/05/2007

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