21/09/2007

Une gare, un jour...

Ses grands yeux penauds couleur noisette parcouraient l’assemblée.

 

Il y avait là un homme, long et maigre, vêtu d’un semblant de costume. Il tenait une mallette à la main. Il avait l’air nerveux. Il longeait la salle de part en part, en lorgnant la pointe de ses chaussures élimées.

 

Une maman tentait désespérément de calmer ses enfants qui gambadaient joyeusement dans toute la pièce. Lasse, elle finit par les menacer de sauter le quatre-heures s’ils ne se tenaient pas correctement pendant qu’elle faisait la file pour acheter les tickets de train. L’ultimatum sembla agir quelques instants puis les cris reprirent de plus belle.

 

Un groupe d’adolescents crânaient devant le panneau d’affichage, de lourds sacs à dos bien harnachés à leur tour de taille, d’où dépassaient des bouteilles, des sacs de couchages et autres babioles de camping.

 

Il y avait aussi une jeune fille, qui se baladait dans la salle, mains dans les poches. Elle portait une longue veste noire et un sac à dos bariolé à motifs roses. Elle scrutait le fond de la gare à la recherche d’un ami, sans doute. Sous ses longs cheveux bruns se cachaient des écouteurs. Il se plut à imaginer qu’il s’agissait peut-être d’une espionne.

 

Peut-être qu’un micro était caché sous la doublure de son manteau, et que, comme lui, elle épiait les alentours. Son but était de rechercher un dangereux criminel échappé de prison. Et dans sa poche, se trouvait un interrupteur sur lequel elle devait appuyer quand elle le repèrerait. Non, il s’agissait d’un boîtier sur lequel elle pouvait retranscrire des messages en morse, quand elle ne pouvait pas parler. Oui, ça devait être ça.

 

Un bonhomme s’approcha d’elle. Petit, gros, chauve, il portait un costume bien repassé, une légère chemise rose, et une mallette en cuir marron. Elle lui fit la bise et ils se dirigèrent vers la sortie.

 

Lorsque ce couple passa devant lui, il entendit une bribe de conversation :

 

-         Je te remercie, ma chère, de m’accorder de ton temps. Je ne serai pas long, je te le promets. Mais, je ne comprends vraiment pas ce qu’ils me veulent. 

-         Oui, c’est pas grave. On va voir ça.

-         Je te remercie quand même.

-        

 

Il n’en entendit pas plus mais cela lui était largement suffisant pour laisser son imagination vagabonder. Le bonhomme devait être le dangereux criminel. Elle l’avait amadoué et lui, naïvement, l’avait crue. Et là, elle l’emmenait subrepticement dans une salle secrète pour lui faire avouer ses crimes.

 

Il laissa à nouveau son regard errer. Un train venait sans doute de s’arrêter : une masse de gens se dirigeait vers les différentes sorties de la gare. Ces hommes et ces femmes avaient des allures d’hommes d’affaires pressés. Personne ne posa le regard sur lui.

 

Il se sentait seul. Il avait faim. Il avait froid.

 

Son maître l’avait abandonné lâchement quelques jours auparavant, dans une ruelle sombre près de la gare du Midi. Il s’était allongé sur son matelas de fortune, avait avalé quelques goulées d’un alcool douteux enrobé dans un papier journal et avait fermé les yeux. Il était las de la vie. Cette vie qui ne lui avait apporté que des soucis. Il aurait aimé en finir pour de bon, en sautant d’un pont, par exemple. Mais, il n’en avait pas le courage. Et puis, il y avait son chien.

 

Alors, cette nuit-là, c’est la vie elle-même qui s’en était allée. Et Victor, le labrador doré, aux grands yeux penauds couleur noisette avait longtemps léché le visage de son maître en espérant le voir se réchauffer. Au petit matin, il avait fallu se résigner : son maître l’avait abandonné pour toujours.

 

Cela faisait à présent 3 jours qu’il errait ci et là, à la recherche d’un peu d’eau et de nourriture.

 

Il aperçut à nouveau la jeune fille de tout à l’heure, l’espionne. Elle revenait vers la gare. Seule. Il l’observa à nouveau. Elle avait donc bien livré le méchant.

 

Son regard croisa celui de la jeune fille. Il baissa les yeux et scruta le sol. Elle avait un beau regard, mais un regard interrogateur.

 

Il vit deux bottines s’approcher de lui. D’instinct, il recula. Les bottines se figèrent. Il leva les yeux, et vit la jeune fille s’abaisser. Elle tendit une main tremblante vers lui. Il renifla ses doigts. Ils sentaient le parfum. Il fit un pas en sa direction. Puis, un autre. Elle s’approcha et caressa son pelage sale.

 

-         Viens là, bonhomme. Comment tu t’appelles ? Viens, montre-moi ta médaille. Victor ? C’est un joli nom, ça, Victor. Il est où ton maître, Victor ? Hein ? Il est où ?

 

Il posa sa tête sur son bras.

 

-         Tu es perdu ? Je t’ai vu déjà tout à l’heure, quand je parlais avec Samuel. Tu as l’air tout perdu, tout seul, là. Tu as faim, demanda-t-elle en lui tendant un biscuit qu’il croqua rapidement.

 

Il aurait tant voulu parler le langage des hommes pour lui expliquer sa misérable vie. Il aurait tant voulu exprimer sa solitude, sa peur, ses peines par des mots. Mais, il était un chien et se contenta donc de la regarder. Un regard qui en disait long.

 

-         Je viens d’emménager dans un joli appartement, et je n’ai personne pour veiller sur moi. Ca te dirait de venir avec moi ? Le temps que l’on trouve ton maître évidemment. Je mettrai des affiches partout, tu verras.

 

Elle se leva et il la suivit, la queue battant l’air au rythme de son cœur. La vie n’était peut-être pas aussi terrible que ce qu’il avait appris jusqu’ici.

14:43 Écrit par Tayiam dans Des histoires simples | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

20/09/2007

Ensemble, c'est tout

Ensemble c'est tout   -   Anna Gavalda 

ensemble c'est tout

« Et puis, qu’est-ce que ça veut dire, différents ? C’est de la foutaise, ton histoire de torchons et de serviettes… Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, pas leurs différences… »

 

Ces quelques mots m’avaient donné envie d’en savoir plus. Qui était cette auteur dont tout le monde parlait ? Dont je n’arrivais pas à me rappeler le nom sans le malmener ? Dont le livre avait été adapté au cinéma ? Que racontait ce livre dont tout le monde parlait ?

 

Je l’achetai. Je le lus.

 

D’abord à petite dose. Je ne m’attendais pas du tout à ce style de narration. Des phrases courtes. Un phraser simple. Des personnages qu’on ne décrit pas vraiment. Pour un bouquin dont tout le monde parlait, j’étais un peu déçue. Peut-être était-ce parce que j’avais à peine refermé un bouquin que j’avais celui-là en main… Le style était tout autre. Une question d’habitude, sans doute, me suis-je dit.

 

Les premières pages, je n’accrochai pas beaucoup. Je ne voyais pas où l’on voulait en venir. Où l’on voulait m’emmener. Mais, je suis curieuse de nature et puis, j’avais envie de voir où tout ça allait me conduire.

 

Très vite, mes appréhensions des premières pages s’envolèrent. Les personnages devenaient attachants, l’histoire se construisait et ma lecture s’accélérait.

 

Je n’arrivais plus à me détacher de ce bouquin. Même quand il était refermé, les personnages me suivaient. Je les imaginais, je les voyais bouger, je les entendais parler, je les sentais vivre. Un peu comme les personnages d’une série que vous aimez passionnément et dont vous regardez quelques épisodes l’un à la suite de l’autre…

 

Et là, en refermant ce livre, j’ai compris. C’est parce que le style est léger, le phraser généralement simple (quoique) que les personnages paraissent aussi réels et aussi attachants.

 

Je n’ai qu’une hâte, découvrir le film. En sachant d’avance que je vais être déçue. Parce que Mémé Paulette ne ressemblera pas à ma Mémé Paulette à moi, tout comme Camille, Philibert et Franck. Mais, Dieu que j’ai envie de les retrouver, ces quat’là !

 

12:43 Écrit par Tayiam dans Tayiam et ses livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Tu vas me manquer

Tu vas me manquer

Pascal Obispo 

Tes mains qui me cherchent partout

Quand le matin, je dors encore debout, encore debout

Le soleil point derrière le store

Dans l'obscurité, je t'adore, je t'adore

Quand au réveil, tu cherches à tort

Et en travers le contact de nos corps, oh, nos deux corps

Tu vas me manquer...

A force de se chercher partout

On risque de se perdre malgré tout, malgré nous

Tout ce qu'on s'est promis, un jour

C'est fou ce qu'on peut se dire en amour,

Mon amour, mon amour,

Tu vas me manquer...

Mes mains qui te cherchent partout

Depuis presque un an, je l'avoue c'est fou

Ce que tu m'as manqué

Tes mains qui me cherchaient partout

Me manquent encore aujourd'hui

Dans quelques temps, c'est promis

Je ne t'attendrai plus la nuit

Mon amour, mon amour

Tu vas me manquer

11:39 Écrit par Tayiam dans Chansons | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/09/2007

Journée d'accueil des nouveaux étudiants

Vous voilà aux premiers jours de votre vie universitaire. Vous avez vaillamment réussi votre rhéto. Après, deux ans, certes, mais réussi quand même. Et vous avez envie de vous prouver à vous mais aussi aux autres que vous êtes capable d’y arriver.

 

Ah, l’unif’ ! C’est un rêve qui vous poursuit depuis bien longtemps. Là, aujourd’hui, il va commencer à devenir réalité.

 

La rentrée officielle n’est que le 15. Mais, il y a une journée pour les nouveaux étudiants. Le 13. C’est aujourd’hui.

 

Vous regardez votre reflet dans le miroir. Vous vous demandez si votre tenue fait suffisamment « universitaire » ou encore trop secondaire. Un rapide coup d’œil jeté sur votre horloge murale vous fait comprendre que vous n’avez absolument plus le temps pour ce genre de considérations.

 

Vous empoignez votre sac, dévalez les escaliers, claquez la porte, et courrez jusqu’au bus que vous attrapez in extremis.

 

Vous voilà devant le Janson. Vous ne le savez pas encore, mais, ce sera l’auditoire où vous aurez la majorité de vos cours. Vous adorez les lieux. Pas pour longtemps. Arrivée en 2ème, vous détesterez cet auditoire où les tablettes sont inclinées, laissant choir toutes vos affaires, où les bancs sont défoncés, où l’acoustique est merdique.

 

Mais, pour le moment, l’attrait du nouveau vous empêche de voir ces défauts. Vous adorez l’endroit.

 

Vous retrouvez une amie, unique pour l’instant. A deux, vous explorez les lieux. Le campus est tellement complexe et vous avez un tel sens de l’orientation que vous passez la journée à vous perdre. Heureusement, vous n’êtes pas les seules à explorer le campus. Les trois quarts des diplômés de votre école secondaire sont là. Le quart a choisi le droit, comme vous.

 

La ribambelle d’apprentis juristes gambade joyeusement et bruyamment d’un auditoire à l’autre. Vous les suivez. Vous êtes trop heureuse d’être là pour vous poser la moindre question.

 

Les jours suivant s’écoulent dans une douce euphorie. Vous êtes universitaire. Vous avez envie de le crier à la terre entière. Vous arborez fièrement l’écusson « ULB » sur votre classeur et portez vos livres à bout de bras dans le tram, votre sac vide sur le dos.

 

Mais, au fur et à mesure que le temps passe, une certaine peur s’immisce lentement en vous. Vous le savez, vous en avez d’ores et déjà la certitude, vous ne réussirez jamais. Que diantre, vous tenterez le tout pour le tout. Vous n’avez rien à perdre.

 

Vous tendez l’oreille vers les bruits de couloir de la faculté.

 

-         Ouais, droit romain, ça sert à rien d’aller aux cours ! Tout est dans le syllabus.

-         Un an sur deux, le « cours à pète » change. L’an dernier, c’était droit romain, cette année, ce sera histoire du droit.

-         Fais gaffe à psycho. Si tu ne réponds pas mot-à-mot, tu rates !

-         Le droit, c’est que du par cœur. Faut connaître le cours sur le bout des doigts si tu veux espérer un 12/20 !

-         Les profs, ils ont des quotas. Y a pas de numerus clausus, ici, mais, c’est tout comme. Donc, t’as intérêt à être parmi les meilleurs pour réussir.

-         Si tu vas pas au cours, les profs repèrent pas ta tête, et y a pas moyen de réussir (vous ne réfléchissez pas une seule seconde au fait que l’examen soit écrit).

 

Vous stressez comme jamais. Vous regrettez votre obstination à vous inscrire à l’université. Vous êtes entrée en enfer. Ce sera la honte si vous ratez. Et vous n’avez aucune chance de réussir. Vous pouvez dès à présent renoncer à toute vie sociale si vous voulez avoir une chance de réussir votre première année en moins de trois ans.

 

Dès le premier jour, vous allez à tous les cours. Vous prenez consciencieusement des notes que vous relisez religieusement tous les soirs. Quelques années plus tard, vous regarderez encore votre classeur de 1ère avec amour. Vous y aviez mis tant d’espoir et d’énergie.

 

Après deux semaines, votre vie est un véritable enfer. Vous n’aurez jamais le temps de terminer vos résumés avant le début de la session. Vous vous sentez noyées.

 

Il vous faut plusieurs semaines avant d’acquérir un certain rythme de travail. Vous avez remarqué que le cours de droit romain est retranscrit mot à mot dans le syllabus. Vous décidez de ne plus aller au cours oral, pour gagner du temps. Ainsi, vous arrivez à tout caser dans votre horaire. Vous vous dites que vous prendrez les notes de vos amis, et vous mettrez à jour au fur et à mesure. Vous n’en ferez rien, et photocopierez celles-ci, en même temps que toutes les autres, à la veille de votre blocus.

 

Malheureusement pour vous, après une semaine « d’équilibre », vous devez déjà changer vos habitudes : les travaux pratiques ont commencé. Vous en avez 3 par semaine. Toutes les semaines. Pour chaque TP, il vous faut entre 4 et 8 heures de travail. Votre vie est ingérable. Vous êtes une moins-que-rien. La dépression vous guette. Vous vous demandez comment les autres y arrivent.

 

Vous décidez de ne consacrez que maximum 4 heures à la préparation de vos TP pour préservez le peu de santé qu’il vous reste.

 

Au troisième TP de droit romain, l’assistant aborde une partie que le prof a vu quand vous n’étiez pas au cours. Vous vous rendez soudain compte que vous avez une mémoire orale fabuleuse. Vous ne savez répondre à aucune des questions posées. Vous vous sentez minable d’avoir suivi les conseils dispensés ci et là par d’autres étudiants aussi paumés que vous.

 

Dès le lendemain, vous suivez à nouveau les cours de droit romain de façon assidue. Vous en garderez un souvenir impérissable, pour le reste de vos jours.

 

Vous prenez la ferme décision de ne plus jamais suivre les conseils idiots que vous entendrez. Malheureusement, vous ne suivrez jamais cette résolution qui avait sans doute été la plus sage de toutes celles que vous avez prises.