06/01/2008

Clara (23)

Clara était à son poste, devant son ordinateur. Elle attendait que le téléphone sonne ou qu’un client arrive. Maître Mayeur passa devant son bureau, et ils discutèrent quelques instants. Clara aimait bien le vieil homme qui lui contait souvent des anecdotes.

 

Un client arriva, et Clara leva les yeux sur lui pour l’accueillir et le diriger vers le bon bureau. Mais son sourire se figea. Elle n’en croyait pas ses yeux : devant elle se trouvait le sosie de son père, en plus grand.

 

Elle n’arriva plus à articuler un seul son ni à détacher son regard de cet homme. De ce jeune homme, se dit-elle soudain, en le comparant mentalement à son père. Il devait avoir la trentaine.

 

-         Enfin, plus si jeune que ça, au fond, pensa-t-elle, le visage toujours figé.

 

Il s’approcha en souriant, regarda la jeune fille et lui demanda :

 

-         Bonjour. J’ai rendez-vous avec Maître Sticx.

-         Bonjour, balbutia-t-elle. Qui puis-je annoncer ? ajouta-t-elle comme un automate.

 

Mais, elle connaissait déjà la réponse Au fond de son cœur, elle savait ce qu’elle allait entendre.

 

-         Thomas Lechatel.

 

Clara sentit son cœur s’accélérer. Ses yeux s’agrandirent encore. Sa tête lui tourna. Elle se sentit tomber, tomber, tomber. Elle eut l’impression que rien ne pourrait jamais arrêter sa chute.

 

Soudain, elle ouvrit les yeux sur un plafond gris presque noir. Son visage était baigné de sueur. Son lit lui parut glacé. Mais très vite, elle se rendit compte que c’était son corps qui était glacé. Et recouvert d’une fine pellicule de transpiration.

 

Elle retira les couvertures qui la couvraient et se dirigea vers la salle de bain.

 

Elle aspergea son visage d’eau fraîche, retira son pyjama et en enfila un neuf. Tant pis si ça faisait de la lessive inutile en trop, songea-t-elle.

 

Elle retourna dans sa chambre. Mille et une questions tournoyaient dans sa tête.

 Elle prit son carnet, l’ouvrit à une nouvelle page et nota scrupuleusement son rêve. Elle eut du mal à se souvenir du nom de l’homme qui ressemblait étrangement à son père. Mais, il lui revint très vite et un sentiment de déjà-vu lui emplit le cœur. Elle connaissait ce nom. Il ne lui restait plus qu’à découvrir qui il était. Et pourquoi elle l’avait assimilé à son père dans son rêve.

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27/07/2007

Clara (22)

Clara et Manon discutèrent quelques instants avant d’être rejointes par Céline et Iris. Elles se dirigèrent vers le local de cours et prirent place aux côtés de leurs amis.

 

Le cours débuta. Le cours de droit constitutionnel de 8 heures avait été annulé. Ils assistaient au cours de droit de la famille. Le premier depuis le début de l’année.

 

Ce cours était donné simultanément aux étudiants de 2ème BA et aux étudiants de 1ère licence. Le local était grand, les étudiants nombreux.

 

Le professeur prit la parole et commença son cours en parlant de gamètes, de spermatozoïdes, d’ovule, de fécondation, d’éprouvettes, et autres joyeusetés du genre. Clara se souvint de ce cours, dans sa vie d’avant. Sur le moment, elle avait trouvé cela franchement débile. On ne parle pas de biologie à des étudiants en droit pour leur faire comprendre ce qu’est la vie !

 

Puis, elle s’était rendue compte que ce serait, sans doute aucun, l’heure de cours qui la marquerait le plus. Toute sa vie, elle se souviendrait de ce professeur parlant de gamètes et se demandant quand commence la vie. Au moment de la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde ? Au moment où l’ovule fécondée se « raccroche » à l’utérus ? Au moment où un contact se crée entre l’utérus et l’ovule fécondée ? Au moment où le bébé commence à être valablement formé ? Au moment où le bébé naît ?

 

Elle prit note, se concentrant sur le cours. Elle ne vit pas l’heure passer. Quand la pause arriva, elle fut soulagée : elle commençait à avoir des crampes à la main. Elle dégusta un Twix®. Le professeur reprit et les étudiants se remirent à prendre note. Ou à rêvasser.

 

Le cours se termina juste un peu avant 13 heures. Les filles allèrent dîner au restaurant universitaire. Elles discutaient garçons.

 

Céline et Manon avaient un petit copain depuis un bout de temps déjà. Mais les autres étaient encore toutes célibataires. Elles firent la liste des garçons célibataires qu’elles connaissaient et essayèrent de se caser l’une l’autre. Après moult éclats de rires, elles en vinrent à la conclusion qu’elles resteraient à jamais célibataires.

 

C’est le moment que choisit Nicolas pour entrer dans le restaurant et venir saluer Clara. Elle le présenta à la troupe de filles et l’invita à se joindre à elles. Elles avaient investi une table ronde. Elles se serrèrent un peu et Nicolas eut la place pour glisser une chaise entre Clara et Manon. Clara ne pouvait s’empêcher de regarder Nicolas. Alors, elle lui posa une série de questions, pour avoir une raison de le regarder.

 

Les filles firent de même, et le jeune homme fut littéralement assailli de questions. Il y répondit de bon cœur et questionna à son tour les demoiselles. A la fin du repas, il prit congé d’elles, et glissa à l’oreille de Clara :

 

-         Tu ne m’as pas encore appelé. J’attends de tes nouvelles avec impatience.

 

Un grand sourire étira les lèvres de Clara. Ce que Manon ne manqua pas de remarquer.

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23/07/2007

Clara (21)

Clara cligna des yeux. Son réveil sonnait. Elle le regarda perplexe. Il était donc déjà 8 heures ?

 

Elle ne s’était pas réveillée cette nuit. De deux choses l’une : soit elle s’était habituée à ses cauchemars au point qu’elle ne s’en réveillait plus et qu’elle ne s’en souvenait ; soit, elle n’en n’avait pas fait. Elle préféra opter pour la seconde solution.

 

Elle se leva péniblement. Elle détestait le matin. C’était le pire moment de la journée : celui où il fallait s’extirper de ses draps moelleux pour plonger dans le monde cruel qui l’entourait. A savoir, en premier lieu, la salle de bain.

 

Clara aimait les bains. Les douches aussi, un peu moins, cela dit. Mais, elle détestait se déshabiller avant de rentrer dans l’eau. Et, par-dessus tout, elle haïssait sortir de l’eau. Elle exécrait ce moment où le corps entier, tout dégoulinant, est recouvert de chair de poule. Cette sensation de froid, de mal-être ! Si on pouvait prendre une douche sans ce sentiment à la clef, ce serait le paradis, se dit-elle.  

 

Une fois habillée et maquillée, elle descendit déjeuner. Un bol de céréales avec du lait froid. Ses petits frères déjeunaient des mêmes céréales mais avec du lait chaud.

 

-         Imane, je peux conduire les enfants à l’école, si vous voulez.

-         Tu en es sûre ? Cela ne te dérange pas ?

-         Non, pas du tout. C’est sur mon chemin.

-         Alors, je suis d’accord.

-         Allez, en route, les monstres, sinon, on va être en retard !

 

Clara partit à l’université en faisant un léger détour par l’école des petits. Elle arriva à l’arrêt du bus, et son père passa en voiture devant elle.

 

-         Je te dépose ?

-         Si tu veux. Tu ne vas pas au travail ?

-         Si, mais Arthur n’a pas de livraisons à faire, ce matin. C’est lui qui ouvrira le magasin.

-         Alors, ça marche.

 

Clara grimpa dans la voiture de son père. Elle mettrait plus de temps en voiture qu’en bus. Son père prendrait sûrement un de ses éternels raccourcis qui les retarderaient plus qu’autre chose. Mais elle s’en contrefichait. Ils passeraient du temps ensemble et c’est tout ce qui comptait.

 

Ils discutèrent. De tout et de rien. Il lui demanda des nouvelles de sa mère. S’inquiéta pour ses études. Aborda le sujet de la santé. Clara en profita pour conseiller à son père de faire un check-up complet. Mehdi s’en contrefoutait de sa santé. Il s’en faisait pour sa fille et n’avait toujours pas compris ce qui la tracassait. Mais il n’en dit rien et acquiesça.

 

Ils arrivèrent enfin à l’université. Elle embrassa son père et descendit rejoindre Manon qui attendait devant les valves.

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21/07/2007

Clara (20)

Clara rentra chez elle. Elle tapa le PV de la réunion et l’envoya par mail aux autres membres du Bureau Etudiant.

 

Elle décida ensuite de prendre une feuille de papier et de poser par écrit toutes les raisons qui lui venaient en tête et qui pouvaient expliquer son retour dans le passé. Elle nota tout. Même les raisons qui lui semblaient les plus farfelues.

 

Cela lui prit une petite heure.

 

Elle décida ensuite de faire un bilan de cette année « à recommencer ». Que s’était-il passé de si extraordinaire ? Quels évènements avaient été importants ? Qu’est-ce qui en était ressorti de positif ? Et de négatif ? Qu’est-ce qui devait absolument ne pas se passer de la même façon ? Qu’est-ce qui, au contraire, devrait se reproduire ?

 

Une fois ce travail exécuté, elle prit un classeur et une série d’intercalaires.

 

Sur la tranche du premier intercalaire, elle nota « pourquoi ». C’est là qu’elle rangea le premier document qu’elle venait de rédiger. Sur le deuxième, elle écrivit « journal ». C’est là qu’elle placerait chaque jour une fiche reprenant les éléments qui pouvaient paraître pertinents pour expliquer ce mystère. Sur le troisième, elle nota « changement ». Elle y relèverait les éléments qui avaient changé par rapport à sa vie d’avant. Sur le quatrième, elle indiqua « bilan ». Elle y glissa le second document. Sur le dernier, elle inscrivit « divers ». Elle ne savait pas à quoi ce dernier espace servirait. Mais, elle savait que c’était souvent utile.

 

Elle prit une nouvelle feuille de papier. Elle y relata sa première journée. Elle la data. Et fit de même pour tous les autres jours. Elle réunit ainsi cinq feuilles qu’elle rangea sous l’intercalaire « journal ». Elle referma le classeur et descendit dans le salon. Cela ne servait à rien de tenter de trouver une réponse maintenant. Mais, elle savait qu’elle trouverait ce qui clochait, si quelque chose clochait, quand elle relirait ces documents à tête reposée.

 

Son père regardait un match de foot, confortablement installé dans le fauteuil. Sa belle-mère cuisinait. Son petit frère dormait. L’autre se battait avec son père pour savoir quelle équipe gagnerait le match.

 

Clara se souvint soudain que sa belle-maman était enceinte. Elle l’ignorait encore, mais elle était enceinte. Le bébé avait vu le jour deux mois avant le décès de son père. Elle repensa au bébé. Il était beau. Il avait de grands yeux noisettes, un beau sourire, des toutes petites mains, des touts petits pieds. Il était un mélange exceptionnel de ses deux grands frères, tout en étant unique. Clara sourit à son souvenir. Elle se dirigea vers la cuisine et dressa la table. Le dîner allait être servi.

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29/04/2007

Clara (19)

Clara prit note pendant la réunion et resta silencieuse.

 

Elle avait pris de bonnes résolutions. La vie lui avait donné, par une chance inimaginable, le droit de tout recommencer. Elle comptait en faire bon usage. Elle avait donc décidé, entre autres, d’essayer d’être plus posée, de ne plus s’énerver trop vite, de prendre le temps d’écouter son interlocuteur avant de donner son propre avis.

 

Clara relut ses notes et se rendit compte qu’ils avaient encore du chemin à faire. Elle ne se souvenait pas qu’ils n’en étaient encore que là, en délégation étudiante. Elle repensa aux longues heures passées en Commission facultaire de la recherche et de l’enseignement pour mettre en place le nouveau programme de Master de la Faculté de Droit, suite au décret dit « de Bologne » qui réaménageait tout le système d’études universitaires.

 

La Commission s’était réunie tous les jeudis après-midi jusqu’à ce que le programme soit fin prêt. De longues heures durant, les divers clans de la Faculté s’étaient disputés la moindre parcelle d’heures de cours. Clara avait été fort déçue, au fond, par toute cette mascarade. Alors, ce n’était que ça, l’Université ? Des clans qui se chamaillent comme des enfants pour déterminer lequel serait le plus fort, le meilleur ? Bien sûr, c’était plus que ça, elle le savait. Il y avait la lutte au financement, pour faire progresser la recherche qui, in fine, ne pouvait qu’améliorer la qualité de l’enseignement. Elle savait que ces « guè-guerres » n’étaient qu’un moyen d’obtenir des financements supplémentaires. En effet, si telle matière obtenait un certain nombre d’heures de cours supplémentaires, cela augmenterait, pouvait-on espérer, le budget accordé à la recherche dans ces matières.

 

Mais elle avait eu une image tellement « idéale » de l’Université, que ces réunions lui avaient fait l’effet d’une douche froide.

 

La réunion du BE était sur le point de prendre fin, et Alexis demanda si quelqu'un était prêt à taper un PV de celle-ci. Clara se proposa. Le jeune homme demanda aussi que tous lisent le décret, si possible, pour la prochaine réunion, histoire de savoir de quoi on parlait. Clara savait que seul lui le lirait. Et elle, cette fois-ci.

 

La réunion s’acheva dans un brouhaha joyeux.

 

Clara remit de l’ordre dans ses papiers. Lorsqu’elle leva la tête, elle vit Raoul. Elle lui fit un grand sourire et le salua. Mais au même moment, elle se souvint qu’ils ne s’étaient encore vus que quelques fois. Il était encore loin, à cet instant, d’être un ami. A peine une connaissance. Quelqu'un qu’elle avait croisé au Bureau Etudiant. Il la regarda bizarrement, la salua à son tour, avec un sourcil levé par l’étonnement que le sourire de Clara avait suscité.

 

La jeune fille baissa les yeux et se remit à ranger ses affaires. Elle repensa à la façon dont leur amitié était née. Il avait passé le premier quadrimestre de cette année académique-là en Erasmus. Mais, il jouait dans la Revue de Droit 2006. Il imitait un des professeurs les plus connus de la Faculté. C’est là qu’ils avaient vraiment fait connaissance, car elle avait joué, elle aussi, dans cette Revue.

 

Mais, une fois de plus, Clara eut cette impression de mal aise. Comme si elle n’était pas à sa place. Sa place était en 2007, pas en 2006…

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14/04/2007

Clara (18)

Clara assura sa permanence syllabus. Elle était entourée de Julian, le Président de la Commission syllabus et d’Amel, la Vice-présidente du BE. Ils en étaient encore à la version papier du système et cela fit tout drôle à Clara de retravailler dans des fichiers en papier. Quand Louise et elle avaient repris la Commission, elles l’avaient informatisée, créant des fichiers Excel pour chaque syllabus, et simplifiant ainsi la tâche des membres. C’est en tout cas l’impression qu’elles avaient eue.

 

Camille entra dans le local. Clara la salua, et cette dernière la regarda bizarrement.

 

-         Nous nous connaissons ?

 

Clara se rendit alors compte que Camille et elle ne se connaissaient pas encore à ce moment-là. Elle n’était entrée au BE que quelques mois plus tard. Clara ne savait que répondre, quand elle se souvint que Camille faisait partie des Novelles, le journal facultaire.

 

-         Tu es rédactrice des Novelles, non ? En plus, on s’est croisée au cours de droit de la famille. Tu ne te souviens pas ? bluffa Clara.

-         Si, si, bien, sûr, répondit la jeune fille pas très convaincue, mais voulant faire bonne figure.

-         Tu viens commander un syllabus ?

-         Non, je voulais demander si vous saviez quand le syllabus de Droit des obligations allait sortir.

-         Au second semestre, je pense.

-         Merci.

-         De rien. Au revoir, Camille.

 

Clara sentait son cœur battre très fort, ce qui était un peu idiot, elle en convenait. Il n’y avait pas mort d’homme, elle avait juste dit bonjour à quelqu'un qui ne la connaissait pas. Pas encore.

 

Clara savait que cela arriverait encore quelques fois. Il faudrait qu’elle s’y habitue. Et qu’elle apprenne à bluffer. Mais, elle ne s’en était pas trop mal tirée avec Camille. Elle était fière d’elle.

 

La Commission prit fin, et Clara sortit prendre un peu l’air. Le temps était au beau fixe. Il y avait un peu de soleil, un peu de vent, juste ce qu’il fallait des deux. Elle s’assit quelques minutes dans l’herbe puis, regagna le bâtiment H.

 

Elle pénétra dans le local du Bureau Etudiant. Alexis avait convoqué une réunion avec l’ensemble des délégués, pour faire le point concernant le décret dit « de Bologne ».  Clara savait qu’elle n’allait rien apprendre à cette réunion, mais elle ne se rappelait plus trop où ils en étaient sur ce dossier. Et elle avait hâte de le boucler au plus vite, et de ne pas le laisser traîner jusqu’aux examens, si possible.

 

Le local était presque complet. Alexis arrivait toujours à forcer les gens à se bouger. Et même si Clara n’appréciait pas toujours ses manières elle devait bien lui reconnaître cette qualité.

 

Elle prit place aux côtés d’Eymeric, un étudiant de son année, frère d’Ilan, étudiant en 2ème licence, en droit également, et délégué d’année. Clara savait qu’elle se lierait rapidement d’amitié avec les deux frères. Enfin, si sa vie ressemblait à sa vie d’avant, ce qu’elle espérait pour certains points.

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Clara (17)

Sébastien Morel observait Nicolas Lemaire. Il discutait avec une jeune fille d’une vingtaine d’années, plutôt ronde, avec des cheveux châtains mi-longs et des lunettes. Il n’en voyait pas plus de là où il était, si ce n’est qu’elle portait un long pantalon gris, et un pull noir à col V, ainsi qu’une veste couleur grisâtre, avait-il l’impression.

 

Nicolas était en costume, comme à son habitude. Un beau costume gris, bien coupé. Décidément, ils s’accordaient bien tout les deux !

 

Sébastien décida d’aller à la rencontre de Nicolas.

 

-         Bonjour, le salua-t-il.

-         Bonjour Seb. Comment vas-tu ?

-         Bien et toi ? Tu ne me présentes pas à la demoiselle ?

-         Si, bien sûr ! Clara, je te présente Sébastien Morel, assistant ici, à l’ULB. Seb, je te présente Clara… Tiens, je ne connais même pas ton nom de famille !

-         Tayeb. Clara Tayeb.

-         Bien, ben, je te présente Clara Tayeb, donc.

-         Enchantée de faire votre connaissance, salua Clara.

-         Moi de même.

 

Sébastien et Nicolas discutèrent quelques instants, Sébastien prenant le soin d’ignorer superbement la jeune fille. Puis, il prit congé d’eux.  

 

-         Ton ami a l’air d’être un sacré phénomène, lui dit-elle.

-         En effet, admit Nicolas. Oh, il n’est pas méchant, mais a juste parfois tendance à prendre certaines personnes de haut. Ne le prends pas personnellement.

-         D’accord, si tu le dis. Bon, je vais devoir te laisser, j’ai du travail qui m’attend. Mais, on pourrait aller manger un bout ensemble un de ces jours.

 

Clara se surprit toute seule de son audace.

 

-         Avec plaisir. C’est quand tu veux. Tiens, voici ma carte, tu peux me téléphoner quand tu veux.

-         Ta carte ! Ca fait classe, tout de suite, ça. « Tiens voici ma carte », fit-elle semblant de l’imiter en prenant un ton hautain.

 

Ils éclatèrent de rire et se séparèrent sur un sourire.

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09/04/2007

Clara (16)

Clara et Nicolas se croisèrent dans le couloir du bâtiment H. Nicolas étaient vraiment venu pour le boulot à ce moment-là. Mais il profita de l’aubaine pour inviter la jeune fille à boire un verre. Elle accepta avec plaisir.

 

Ils se retrouvèrent au P’tit Yoyo, la cafétéria de l’université.

 

Ils discutèrent un long moment. Clara se sentait de plus en plus succomber aux charmes de ce jeune homme. Il était beau, déjà. Cela dit, Clara n’était pas très exigeante sur ce critère-là. Mais, surtout, il avait une belle voix, grave et chaude. Elle écoutait presque plus sa voix que ce qu’il disait.

 

Le temps passa vite. Ils ne regardèrent l’heure que bien après que les aiguilles aient fait le tour du cadran. Nicolas avait du travail qui l’attendait. Clara aussi. Elle assurait la permanence « syllabus » sur l’heure du midi. Ils durent donc se quitter, mais ce fut bien malgré eux, car Nicolas devait bien avouer qu’il commençait à beaucoup l’apprécier, ce petit bout de femme.

12:50 Écrit par Tayiam dans Clara | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

27/03/2007

Clara (15)

Clara vit entrer son père dans l’immeuble de sa faculté. Il avait une couleur bizarre qui inquiéta Clara. Ce qui l’inquiétait tout autant c’est qu’il n’était jamais venu sur le campus dans la vie « d’avant » si ce n’est pour la conduire en voiture. Or, là, il venait tout seul, puisque Clara était déjà là.

 

Clara commença soudain à sentir une odeur étrange. Comme une odeur d’égout bouché dans lequel se trouveraient des substances en voie de décomposition. L’odeur se faisait de plus en plus forte. Cela devait venir des sanitaires, une fois de plus, se lamenta-t-elle. L’Université avait une belle image. On était censé y trouver l’élite intellectuelle de la société. Mais les budgets se faisaient de plus en plus pauvres, et l’Université avait beaucoup de mal à assumer les nombreuses dépenses qui s’imposaient à elle, comme la rénovation de ses locaux.  

 

Puis, l’odeur devint insupportable. Clara ne pouvait plus penser à autre chose. Et son père se rapprochait d’elle encore et encore. Il avait des taches noires sur le visage. Des lambeaux de peaux tombaient de part et d’autre de son corps. C’était un mort en décomposition qu’elle avait devant les yeux.

 

Clara ouvrit les yeux et se releva en sursaut. Elle était en sueur, assise sur son lit. Le même affreux cauchemar venait de se reproduire. Depuis qu’elle revivait sa vie, elle faisait ce cauchemar à peu près trois fois par nuit, toutes les nuits. Alors, elle se levait, et allait discrètement voir si son père était bel et bien endormi. Elle n’avait pas osé lui toucher la peau, le premier jour. Elle n’aurait pas supporté de sentir de la fraîcheur sous ses doigts. Mais, quand elle s’était rendue compte que ce n’était vraiment qu’un cauchemar, elle avait enfin osé le toucher. Depuis trois jours, elle touchait donc son père toutes les nuits.

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19/03/2007

Clara (14)

Nicolas se posait pas mal de questions. Il n’avait pas la moindre idée du contenu de sa mission, et encore moins de son urgence. Il fallait qu’il en apprenne plus, el le plus rapidement possible. Néanmoins, il ne voulait pas brusquer Clara.

 

Il l’avait croisée quelques fois. La première fois, il s’était contenté de la saluer. La deuxième, il lui avait posé quelques questions. Sur ses études. Il voulait rester neutre, pour commencer. La troisième, il avait encore un peu prolongé la discussion.

 

Mais il devait bien avouer que cette jeune fille était sympa. Elle avait le contact facile, un sourire quasi permanent, et elle riait tout le temps.

 

Il décida de l’inviter boire un verre. C’était sa prochaine étape. Mais il lui faudrait attendre le lundi car le week-end, il aurait du mal à la voir. Quoique…

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18/03/2007

Clara (13)

Clara sortit du local en pouffant de rire. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas ri ainsi. Céline et elles avaient imaginé l’examen de droit constitutionnel, examen qui était oral. Elles avaient imaginé un examen des plus surréalistes. Et elles pouffaient fréquemment de rire. Heureusement pour elles, le cours était presque fini. Manon les avait écoutées et avaient tenté de garder son sérieux. Mais elle avait eu beaucoup de mal.

 

Une fois la porte franchie, elle éclata franchement de rire.

 

-         Les filles, vous êtes définitivement malades !

-         Merci, Manon, déclara Clara avec un clin d’œil.

-         C’est pour ça que tu nous aimes, s’écria Céline.

-         C’est sans doute pour ça, oui, acquiesça Manon.

 

Elles se dirigèrent vers les valves et passèrent devant la bibliothèque d’où sortit Nicolas. Clara le reconnut presqu’immédiatement. Leurs regards se croisèrent. Ils se sourirent. Clara alla le saluer, pendant que les filles l’attendaient.

 

Ils échangèrent quelques mots, puis prirent chacun leur chemin. Clara le trouvait vraiment mignon. Mais elle avait d’autres chats à fouetter pour commencer à penser à un garçon maintenant.

 

Elle rejoignit donc ses amies, sans se retourner.

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Clara (12)

Clara se leva, la tête toute bourdonnante. Elle avait passé une mauvaise nuit ponctuée de cauchemar.

 

Mais elle avait du boulot qui l’attendait, et aucune envie de rater une journée à passer dans son lit.

 

Elle commença par prendre une douche. Puis, descendit déjeuner. Imane se demanda ce qui lui prenait. Sa belle-fille n’était jamais matinale. Mais, elle évita de poser des questions. Elle ne comprenait pas cette jeune fille qui avait déboulé dans sa vie un peu plus d’un an auparavant. Elle la sentait comme une menace. Alors qu’en même temps, elle avait l’intuition qu’elle n’était pas méchante. Juste différente… et incompréhensible !

 

Clara nettoya son bol et partit comme une flèche.

 

Elle avait cours aujourd’hui. Et était bien décidée à rattraper le temps perdu.

 

Elle arriva à la fac en moins de trente minutes, ce qui était un record. Elle avait une demie heure d’avance et décida d’aller en bibliothèque. Elle savait déjà quels seraient les énoncés de ses deux travaux écrits. Autant commencer les recherches bibliographiques maintenant. D’autant qu’elle se souvenait avec précision des réponses. Elle avait besoin de se vider un peu la tête dans le travail. Pour mieux se reconcentrer ultérieurement sur ce qui lui était arrivé la veille.

 

Elle entra dans le bâtiment H, bâtiment principal de la faculté de droit. Et se dirigea vers la bibliothèque. En passant devant le Bureau Etudiant, elle croisa Céline, une de ses plus proches amies. Evidemment, elles ne franchirent pas la porte de la bibliothèque mais allèrent boire un chocolat chaud. Clara n’avait qu’une seule envie : raconter son secret à Céline ! Mais, quelque chose lui disait de le garder pour elle, du moins pour l’instant.

 

Heureusement, le temps passa à toute vitesse. Et il fut bientôt l’heure du premier cours. Les filles se dirigèrent vers leur local, et s’installèrent.

 

Clara avait passé la fin de soirée à réfléchir à ce qu’elle aimerait changer par rapport à la « vie d’avant ». Tout d’abord, la mort de son père, évidemment. Mais aussi, les relations avec ses amies.

 

Son père, elle avait le temps. Mais, elle savait que si elle s’était éloignée de ses amies, c’était surtout parce qu’elle n’allait presque plus jamais aux cours. Elle ne mangeait presque plus avec elles. Elle n’avait plus le temps.

 

Elle avait souvent pensé à tout ça, avant. Mais, c’était un engrenage. Un cercle vicieux, sans fin. Elle avait pris des responsabilités et elle se devait de les assumer. Cela dit, elle avait reçu, par elle ne savait trop quel miracle, la chance de tout reprendre à zéro de ce côté-là. Elle était bien décidée à saisir cette chance. Et à ne pas rompre, une seconde fois, ce lien si important pour elle.

 

Une troisième chose lui était venue à l’esprit. Cela concernait ses études. Elle s’était, jusqu’ici, contentée de notes moyennes. Mais, elle avait appris, peu avant son retour en arrière, que cela ne suffisait pas pour être compétitif sur le marché de l’emploi. Elle ne doutait pas de ses capacités à trouver un job, là n’était pas la question. Mais, elle se fermait des portes, sans s’en rendre compte, en ne donnant pas le meilleur d’elle-même. Elle avait envie de changer ça aussi.

 

Le cours commença. C’était l’un des plus difficiles de l’année : droit constitutionnel. C’était aussi le cours préféré de Clara, avec le cours de droit pénal. Entendre le professeur raconter sa matière faisait très bizarre à la jeune fille car elle avait déjà étudié ce cours. Pourtant, tout était diffus dans sa tête.

 

Cette impression de déjà-vécu prenait tout son sens, ce matin, pour Clara.

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21/02/2007

Clara (11)

Le local était enfin rangé. Ils s’y étaient mis à plusieurs, et cela n’avait pas pris plus d’une heure. Clara n’avait pas grand-chose à faire que d’attendre que le temps passe. Elle décida donc d’aller en bibliothèque consulter internet. Elle voulait voir ce qu’elle pouvait dénicher sur le « remontage » de temps même si elle doutait de trouver quoi que ce soit. Et puis, elle espérait que Nicolas soit encore là.

 

Elle prit ses affaires et monta en bibliothèque. Elle fit le tour de la salle mais ne vit pas Nicolas. Un peu déçue, elle se dirigea vers les ordinateurs et commença ses recherches.

 

Elle ne trouva pas grand-chose d’intéressant. Elle ne devait sans doute pas utiliser les bons mots-clés. Découragée, elle posa sa tête sur ses mains et réfléchit. Cela faisait à peine cinq heures que le cauchemar avait commencé. Oh, bien sûr, rien de dramatique n’avait encore eu lieu. Mais elle se sentait prisonnière du temps. Comme si quelque chose pouvait la bloquer indéfiniment sur cette journée. Peut-être qu’à son réveil, demain, elle serait à nouveau au Bureau, en pleine réunion, le 28 septembre.

 

Elle n’avait pas la moindre idée de ce qui avait pu se produire. Comment était-elle arrivée là ? Comment avait-elle pu faire un tel bond dans le passé ? Pourquoi ? Et qui ? Car, il devait bien y avoir quelqu'un derrière tout ça. Enfin, « quelqu'un » ou « quelque chose »… Mais « quelqu'un » était plus rassurant.

 

Quel était le but de ce retour ? Clara avait besoin de rationaliser tout ce qui l’entourait et de trouver des explications à tout, quitte à inventer un nouveau raisonnement tout à fait incongru ! Mais ce qui s’était passé dans sa vie, ces cinq dernières heures, était au-delà de toute cohérence. Cela ne rentrait dans aucun système logique, dans aucun cadre normal tels que ceux que connaissait Clara.

 

Comment, dès lors, expliquer tout ceci ?

 

Clara se sentait au bord de la nausée. Elle fut prise de vertige à l’idée de ce manque d’explications comme si tout son monde « normal » s’écroulait d’un coup. Toutes ses références, tous ses acquis, toutes ses croyances…

 

Clara tenta de reprendre le contrôle d’elle-même. Et pour ça, une seule technique : la politique de l’autruche, comme elle disait. Faire comme si de rien était… Comme s’il ne se passait rien du tout. Comme si tout était normal. Et pour ça, oublier, un instant, toute cette histoire.

 

Au bout de quelques minutes, elle se sentit mieux. C’était dingue, ce don qu’elle avait de faire abstraction de la réalité !

 

Elle regarda sa montre et se rendit compte que la séance du Conseil facultaire avait déjà débuté. Elle rangea ses affaires, sortit de la salle est se dirigea vers le local du Conseil.

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18/02/2007

Clara (10)

Clara salua Alexis, Martin, Romain, Emma et Zoé en rentrant au Bureau. Les autres s’en étaient allés vaquer à leurs occupations. Elle s’assit en bout de table et regarda son agenda.

 

-         Tu viens, hein, demain, Clara ? lui demanda Emma.

-         Demain ?

-         Oui, à la soirée Starac !

-         Ah, oui, juste, c’est demain. C’est chez qui, encore ?

-         Chez moi, intervint Zoé. Il faut venir à vingt heures. Tu amèneras quoi ?

-         C’est comme tu préfères.

-         Prends deux bouteilles de coca. Ça te va ?

-         C’est parfait ! Je les prendrai en rentrant ce soir. Alexis, il y a conseil facultaire ce soir ?

-         Oui. Mais, il n’y a rien d’important à l’ordre du jour, répondit-il.

-         Je viendrai quand même. On a cours aujourd’hui, Emma ?

-         Oui, ce matin, droit constitutionnel. Mais, tu y étais, ajouta-t-elle en lui tirant la langue. Dis, il faut arrêter la drogue, hein !

-         Oui, je devrais, plaisanta Clara. Mais cet après-midi, je veux dire, insista-t-elle.

-         Non, le cours de néerlandais a été annulé. Il ne commencera qu’en octobre, en fait.

-         Ok. Donc, là, on a rien à faire, en gros ?

-         Non !

-         Cool.

-         Ah, mais, Clara, si tu n’as rien à faire, intervint Alexis, tu peux m’aider à ranger le local !

-         J’aurais dû me taire, là, s’écria Clara !

 

Alexis lui jeta une bouteille vide qui traînait sur la table. Clara la ramassa et la lui relança. Elle atterrit aux pieds d’Alexis et tout deux éclatèrent de rire. Clara ne savait pas viser, c’était bien connu. S’ensuivit une bataille rangée entre Alexis et Romain d’un côté et Clara, Zoé et Emma de l’autre. Martin était sorti du local entre temps, et Amel ouvrit la porte précisément au moment où Alexis lançait une farde sur Zoé qui s’abaissa juste à temps. La farde frappa Amel de plein fouet. Elle mit quelques instants à comprendre ce qui se passait puis prit le parti des filles et s’engagea dans la bataille à son tour.  

 

Près d’une heure plus tard, ils se calmèrent enfin. Ils étaient tous essoufflés et assoiffés. Le local était encore plus en désordre que d’habitude.

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12/02/2007

Clara (9)

Mehdi errait dans le magasin vide. Il était perplexe par rapport à sa fille. Il ne l’avait jamais sentie aussi proche de lui que cet après-midi, quand elle l’avait serré contre son cœur. Il ne croyait pas à cette histoire de rêve. Il connaissait sa fille sur le bout des doigts. Il sentait quand elle mentait. Elle avait cherché ses mots avant de lui parler. Il n’avait rien dit. Il ne disait jamais rien. Et Clara croyait toujours que ses mensonges passaient inaperçus.

 

Il n’avait jamais compris pourquoi sa fille ne lui disait pas toujours la vérité. Pourquoi elle ressentait toujours le besoin de trouver une bonne histoire. Il aurait préféré qu’elle lui dise : « je passe la soirée chez des amis, ce soir » plutôt que « j’ai une réunion super importante au BE ». Sa fille était un mystère. Les années passées éloignés l’un de l’autre n’avait rien arrangé.

 

De plus, Mehdi était intimement persuadé que sa mère avait monté la petite contre lui. Sa mère et son nouveau mari. Ce qu’il le détestait cet homme ! Et le peu que Clara lui avait dit sur lui n’avait rien fait pour améliorer son opinion à son sujet. Pourquoi son ex-femme n’avait pas pu choisir mieux que cet homme ? Elle l’avait quitté, lui, pour un type pareil ! Bien sûr, elle ne l’avait pas quitté pour lui, vraiment. Ils s’étaient rencontrés après leur rupture. Mais quand même. Mehdi se sentait vexé.

 

La mère de Clara, Jeanne, avait été quelqu’un qui avait compté dans sa vie, même si Mehdi refusait parfois de l’admettre. Ils étaient restés onze ans ensemble. Cela faisait un bout de chemin. Il avait été malade de chagrin lorsqu’elle avait rompu définitivement avec lui. Dieu qu’il avait eu envie de lui faire du mal à ce moment-là. Autant de mal qu’elle lui en faisait.

 

Cela le fit doucement sourire quand il y repensa. Jamais il ne l’admettrait en face de Clara. Jamais ! Sa mère la montait bien contre lui, alors pourquoi ne pourrait-il pas, lui, rejeter la faute sur elle. Mais, il avait été con sur ce coup-là. Il se l’admettait bien volontiers. Il était jeune et con, comme la chanson à la mode, là. Il avait bien changé depuis.

 

Mais, le problème n’était pas là. Sa fille l’inquiétait. Il irait la chercher en voiture à l’université. Peut-être avait-elle appris qu’elle avait une maladie grave ? Elle ne lui avait pas dit qu’elle avait rendez-vous chez le médecin, mais elle lui cachait tant de choses. Ou alors, elle avait fait une énorme bêtise ! Ah, oui, ça devait être ça ! Et elle avait peur des conséquences. Un vol ? Un crime ?

 

Mais, ça ne lui ressemblait tellement pas. Non, il devait y avoir quelque chose de grave. Une maladie, c’est ce qu’il y avait de plus probable. Mehdi avait envie de téléphoner à Jeanne. Ils ne s’étaient plus parlés depuis la fin du procès lors duquel ils s’étaient disputés la garde de Clara. Si elle était malade, la petite avait dû en parler à sa mère.

 

Il fit les cent pas dans le magasin encore une trentaine de minutes, puis, n’y tenant plus, composa le numéro de Jeanne.

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11/02/2007

Clara (8)

Clara et Nicolas arrivèrent sur le campus près d’une heure plus tard. Le bus 71 avait du retard. Ils avaient discuté tout le long du chemin. De tout et de rien. Ils avaient ri de bon cœur. Tous deux étaient de nature assez sociable et le courant passa bien entre eux.

 

Clara était sous le charme. Il parlait bien. Il était mignon. Mais ce dernier critère n’était pas très objectif, Clara en était consciente. Ce n’était pas le premier gars qu’elle trouvait mignon, et ce ne serait sans doute pas le dernier. De toutes façons, il y avait peu de chances qu’ils se revoient un jour, se disait-elle avec regrets. Sauf peut-être au barreau, dans deux ans et demi ! Dans quatre ans, se corrigea-t-elle mentalement. C’était long quatre ans.

 

Elle avait toujours eu tendance à en dire trop, à trop parler. Alors, elle avait fait attention, cette fois-ci. En fait, c’est ce qu’elle essayait de faire depuis à peu près un an. Faire confiance trop vite à quelqu’un ça peut faire mal. Elle l’avait vu avec Alexis. Nicolas eut donc le plus grand mal à savoir des choses sur elle, si ce n’est des banalités. Elle s’arrangeait pour dévier de sujet, dès que ça devenait trop personnel.

 

Il était content que le contact soit aussi bien passé entre eux. Elle était marrante, souriante, bavarde, pleine d’entrain. Mais, Nicolas se fit la réflexion qu’elle devait être fatigante au bout d’un moment. Pourtant, le charme ne se rompit pas avant qu’ils ne soient amenés à se séparer.

 

-         Nous sommes arrivés. Nos chemins se séparent ici, Clara.

-         En effet. Nous nous recroiserons sûrement en bibliothèque, non ? lui répondit-elle avec un clin d’œil et un sourire.

-         Oui. J’espère, ajouta-t-il plus bas, en baissant les yeux.

 

Clara lui sourit, lui fit la bise et se dirigea vers le Bureau Etudiant.

 

-         Si jamais tu me cherches, je suis souvent ici, glissa-t-elle en se retournant.

 

Elle disparut rapidement dans le local. Nicolas tourna les talons et grimpa au deuxième étage, où se situait la bibliothèque. Il fallait qu’il maintienne son alibi. Il était là pour faire des recherches en bibliothèque, après tout.

00:44 Écrit par Tayiam dans Clara | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/02/2007

Clara (7)

 

-         Bonjour Monsieur. Vous travaillez ici ?

-         Oui. Puis-je vous aider ?

 

Mehdi s’éloigna de sa fille. Du travail l’attendait. Une femme d’une quarantaine d’années scrutait les télévisions qui l’entouraient.

 

-         J’aimerais acheter une télévision. Que pouvez-vous me conseiller ?

-         Cela dépend quel appareil vous avez en vue et l’endroit où vous voulez le placer.

-         L’endroit ?

-         Oui. De combien de place disposez-vous ?

-         J’ai un appartement. Avec un salon. À peu près …

 

Nicolas s’approcha de Clara.

 

-         Salut. Excusez-moi de vous déranger. Vous pourriez m’indiquer comment je retombe sur le campus de l’ULB ? C’est près du cimetière d’Ixelles. J’avoue que je suis un peu perdu. Je ne vois pas du tout où je suis, là.

-         Oui, bien sûr. Ben, le plus simple, c’est de prendre le 46, ici, direction gare du nord. Et vous descendez à De Brouckère. Ensuite, vous prenez la ligne 71.

-         Ah, ok. De là, je vois. On est où ici, en fait ?

-         A Bruxelles ! répondit-elle avec un sourire. Non, enfin, vous êtes à 5 minutes à pied de la Bourse. A la périphérie des communes de Bruxelles et d’Anderlecht.

-         D’accord. On ne dirait pas comme ça, mais je vis à Bruxelles depuis toujours, pourtant !

 

Ils sourirent tous deux.

 

-         Vous êtes étudiant ?

-         Non, diplômé, déjà. En droit.

-         Tiens, moi aussi, s’étonna-t-elle. Enfin, je ne suis pas diplômée encore, mais étudiante. Je suis en 3ème. Enfin, en 2ème, se corrigea-t-elle.

-         À l’ULB ?

-         Oui. Vous êtes avocat ?

-         Oui.

-         Depuis longtemps ?

-         Non, j’ai commencé ce mois-ci.

-         Et ça fait quoi ? D’être de l’autre côté de la barrière ?

-         Clara. Tu veux manger ? interrompit son père.

-         Non, papa. Merci. Je dois retourner à l’unif. Tu peux faire ta sauce spaghetti, ce soir ?

-         D’accord. A tout à l’heure, benti.

-         A tout ! Je vais faire un bout de chemin avec vous, je pense, ajouta-t-elle à l’adresse de Nicolas en se retournant vers lui. Mais, si vous voulez, je peux prendre le bus suivant ! plaisanta-t-elle.

-         Non, non. Ça ira très bien comme ça. On pourrait se tutoyer, entre juristes, non ? Je m’appelle Nicolas.

-         Je suis Clara. Va pour le « tu » ! Tu travailles dans quel cabinet ?

-         Un petit cabinet pas très connu. Pas très loin de l’unif. C’est pratique pour les recherches en bibliothèque. Et le palais n’est pas très loin non plus, finalement. Vingt à vingt-cinq minutes en tram.

-         C’est vrai. Tu as déjà plaidé ? Ah, non, juste, il faut être au barreau depuis trente jours, non ?

-         Oui, en effet. Là, je découvre mes dossiers. Et je commence quelques recherches. Mais, mon maître de stage est sympa. Pour le moment, il n’est pas trop derrière moi. Il me laisse un peu le temps de prendre mes marques. C’est un ami de mon père aussi. Ca aide, sans doute.

-         Sans doute en effet. Et tu as pris quelle finalité l’an dernier ?

-         Finalité ?

-         Public ou privé ?

-         Ah, public. Mais, on appelle pas ça une finalité !

-         Oui, c’est vrai. Tu es encore dans l’ancien système. Moi, je suis déjà dans le système de « Bologne ». Et on appelle ça finalité.

-         Ah, ok. Et tu as choisi quoi, toi ?

-         Oh, je ne pourrai choisir que l’an prochain. Enfin, dans deux ans, plutôt.

-         Et tu penses te diriger vers … ? lui demanda Nicolas tout en notant mentalement son deuxième lapsus. Elle n’aurait donc remonté qu’un an. C’était peu.

-         Le droit public.

-         Tu sais déjà dans quel type de cabinet tu voudrais bosser ?

-         Ben, là, j’ai un job étudiant dans un cabinet. J’aimerais beaucoup être engagée là-bas, à la fin de mes études. On verra bien. Tu le connais peut-être. C’est tout près de l’unif aussi. Solbert et Mayeur.

-         Je connais de nom, évidemment. C’est plutôt pas mal de travailler là. Tu as trouvé ce job comment ?

-         Oh, ben, bêtement, en fait. Mon prof cherchait une réceptionniste. Et ça m’est tombé dessus. Un coup de pouce du destin sans doute.

-         Sans doute…

 

01:36 Écrit par Tayiam dans Clara | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/02/2007

Clara (6)

Nicolas avait du pain sur la planche. Il fallait qu’il découvre qui était cette jeune fille et quelle était sa mission. Pour ce faire, il avait besoin de savoir exactement quelle période elle avait remonté et ce qu’elle y avait vécu. Il n’avait pas encore beaucoup d’expérience dans le domaine. Six ans, c’est peu. Il ne savait jamais trop comment s’y prendre. Devenir ami ou amant, enquêter comme un détective privé, écouter ses conversations avec la personne à qui elle confiera son secret ? Les possibilités étaient multiples. Il ne savait pas vraiment quelle était la meilleure. En tout cas, dans un premier temps. Car, il savait que d’ici quelques semaines au plus tard, il aurait à prendre contact avec elle, d’une manière ou d’une autre.

 

Jusqu’ici, il n’avait eu que trois missions. La sienne propre, et celle de deux autres. Deux garçons. Il avait réussi la première, mais restait sur un échec pour la seconde. La chance du débutant l’avait aidé pour François, mais elle ne s’était pas éternisée, et Luc en avait payé les pots cassés. Nicolas chassa ces idées noires et se concentra sur la jeune fille. Il l’avait suivie discrètement. Elle était tellement émue qu’elle ne s’était rendue compte de rien. Là, elle serrait un homme dans ses bras. Un arabe, d’une cinquantaine d’années environ, habillé d’un costume et d’une chemise bon marché dans les tons bruns et beige et de mocassins noirs, il avait les cheveux coupés ras et ne devait pas mesurer plus d’un mètre septante.

 

Ils étaient à l’entrée d’un magasin d’électroménagers, matériels hifi, et autres. Un autre homme se baladait à l’intérieur, arrangeant une étiquette ou frottant une tache sur un article. Il était grand, black, musclé, le crâne rasé. Il portait un sweet bleu et un jean. C’est tout ce que pouvait voir Nicolas de là où il était. Il décida d’entrer dans le magasin. Sa décision était prise. Le meilleur moyen d’accomplir sa mission avec elle, c’était de la rencontrer le plus rapidement possible.

 

Il traversa la rue.

12:22 Écrit par Tayiam dans Clara | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

25/01/2007

Clara (5)

Clara arriva enfin à destination. Son cœur battait la chamade. Elle sentit que sa tête commençait à lui tourner. Elle hâta le pas. Elle pouvait voir la devanture du magasin où travaillait son père. Elle devinait même son ombre dans l’entrée.

 

Elle crut que son cœur allait cesser de battre quand elle le vit, là, devant elle.

 

Elle n’arrivait pas à contenir l’émotion qui la submergeait. Elle sentit le regard interrogateur de son père sur elle. Il était visiblement inquiet. Clara s’avança vers lui, et le serra dans ses bras, ne pouvant réprimer les larmes qui coulaient le long de son visage sans discontinuer.

 

Clara avait toujours été distante avec son père. En tout cas depuis qu’ils s’étaient retrouvés, quelques années après la séparation parentale que Clara avait eu du mal à digérer. Aussi, fut-il tout d’abord surpris de cet élan de tendresse. Il ne referma ses bras sur elle que quelques secondes après qu’elle l’ait serré. Il sentait qu’il ne devait rien dire, la laisser. Mais, il était curieux et impatient de connaître la mauvaise nouvelle qui mettait sa fille dans un tel état. En même temps, il voulait que ce moment dure une éternité. Sa petite fille le serrait enfin dans ses bras. Cela ne faisait qu’un an qu’elle avait emménagé chez lui. Elle n’avait encore jamais prononcé le mot « papa » en le désignant. Elle avait toujours été distante avec lui, en restant malgré tout polie, avec, néanmoins, un soupçon de froideur qui s’accentuait quand elle s’énervait.

 

Enfin, elle se calma. Il lui prit les épaules et lui demanda doucement ce qu’il se passait. Clara ne savait pas trop quoi lui répondre. Comment lui dire qu’il allait mourir, qu’elle avait vu l’avenir, et qu’elle était simplement heureuse de le revoir en vie ?

 

Il ne la croirait jamais. Elle décida donc de transformer légèrement la réalité.

 

-         Je me suis endormie à l’unif, tout à l’heure, balbutia-t-elle. J’ai fait un rêve affreux. Tu mourais à l’hôpital, et j’étais triste, tu ne peux pas imaginer. Quand je me suis réveillée, j’ai été soulagée de constater que ce n’était qu’un rêve. Mais, j’avais envie de te voir, pour être sûre. Je ne supporterais pas de te perdre, papa. Je t’aime.

 

C’était la première fois que Clara le lui disait. Il en fut ému, mais le cacha. Un père digne de ce nom ne montre jamais ses émotions à ses enfants, lui avait-on appris. Clara l’avait découvert à sa mort. Elle qui pensait que son père ne l’aimait que comme objet de défiance envers sa mère, elle avait découvert qu’il envoyait régulièrement des photos d’elle à sa famille en Tunisie. Famille qui connaissait d’ailleurs sa vie, dans les moindres détails. Il exagérait ses qualités, la faisant passer pour la première de promotion, elle qui n’avait achevé sa première BA qu’avec un simple 12/20. C’est à la mort de son père qu’elle avait réellement appris à quel point il l’aimait.

 

Elle avait toujours voulu garder ses distances pour ne pas trop s’attacher, et ne pas trop attendre de cet homme qui l’avait déjà abandonnée une fois, quand elle était petite et qui, pensait-elle, ne l’aimait pas vraiment. Elle avait compris son erreur… Trop tard, avait-elle cru. Mais le destin en avait décidé autrement. Elle pouvait se rattraper à présent.

00:18 Écrit par Tayiam dans Clara | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

23/01/2007

Clara (3)

Clara avait un milliard de choses qui tournaient en même temps dans sa tête. Elle n’arrivait pas à déterminer quel sentiment était le plus fort. La peur se mélangeait à l’excitation, l’incompréhension, la joie. Mais quoi qu’elle puisse penser, cela ne résolvait pas le problème principal : comment cela était-il possible ? Et comment cela était-il arrivé ? Et pourquoi ?

 

Pourquoi, c’était l’éternelle question de Clara. En y pensant, elle sourit. Après quelques minutes de réflexion, elle décida que c’était la peur qui prédominait sur tout autre sentiment. La peur de l’inconnu. Toute cette histoire était trop rapide, trop incompréhensible, trop insensée.

 

Elle avait hâte de rentrer chez elle, de voir sa famille. Mais, elle était aussi morte de trouille à l’idée de revoir son père. Elle imaginait se retrouver face à un fantôme, aux dents pourries, aux mains vertes, et aux vêtements parsemés de terre. Un spectre revenant à la vie par je ne sais quel miracle.

 

Elle pensa à Martin. Il avait dû la prendre pour une malade. Il était intelligent, Clara le savait. Il était perspicace aussi. S’il avait su l’apprécier dans « la vie d’avant », il l’apprécierait forcément dans cette vie-ci. C’était en tout cas ce qu’espérait Clara.

 

Le bus arrivait à destination. Clara descendit et emprunta le chemin qu’elle avait parcouru des centaines de fois pour rentrer chez elle. En tournant au coin de la station essence, elle s’arrêta net, surprise de revoir le bout de forêt qui avait été rasé six mois avant son retour en arrière. Elle ne s’y attendait pas. C’était pourtant ridicule.

 

Elle continua son chemin. Pleine d’angoisse. Arrivée devant la porte, elle chercha ses clefs, fébrile. La porte s’ouvrit et Imane apparut dans l’embrasure.

 

-         Tu es déjà rentrée ?

-         Oui, mais, je ne peux pas rester longtemps. Où est mon père ?

-         Au travail, Clara, comme d’habitude !

 

Clara se maudit d’avoir oublié qu’en semaine, son père était au boulot, et non à la maison. Comment avait-elle pu oublier un détail pareil ?

 

-         Je dois chercher quelque chose dans ma chambre, Imane. Puis, je retourne aux cours. Vous avez besoin de quelque chose ?

-         Non, merci. Tout va bien ? Tu as l’air tracassée.

-         Oui, oui, ça va, merci.

 

Clara fila dans sa chambre, prit le premier classeur qui lui vint à la main, et descendit en trombe les escaliers.

 

-         Il me manquait ce cours. Je dois retourner, j’ai un test, mentit-elle en sortant.

-         Tu rentres à quelle heure ce soir ?

-         Je ne sais pas encore, Imane. Je vais peut-être manger avec des amis. Enfin, si vous êtes d’accord.

-         Moi, je ne dis rien. C’est avec ton père que tu dois voir ça, tu le sais bien.

-         Oui. Mais, je vous téléphone pour vous tenir au courant. A ce soir.

-         Ton sac, Clara !

-         Merci

 

Clara refit le chemin qu’elle avait parcouru quelques minutes plus tôt en sens inverse. Mais, elle s’arrêta au tram, cette fois-ci. Elle avait un besoin irrésistible de voir son père. Elle composa à nouveau son numéro.

 

-         Oui ?

-         Bonjour, c’est Clara.

-         C’est toi qui as essayé de m’appeler tout à l’heure ?

-         Oui, mais, il y avait des problèmes de réseau. Je peux passer à ton travail ?

-         La porte est toujours ouverte. Qu’est-ce que tu veux ?

-         Rien, juste te voir. J’ai une heure avant de devoir rentrer à l’université.

-         Je t’attends. Tu as déjà mangé ou je te prends quelque chose ?

-         Je n’ai pas faim, merci. J’arrive.

 

Clara avait les jambes qui tremblaient, et des sanglots dans la gorge, que son père n’avait pas manqué de remarquer. La preuve en était qu’il lui avait proposé de manger. C’était tout lui de ne prendre soin des autres que quand ils allaient mal. Cela fit sourire Clara. Le tram arriva enfin, et elle grimpa dedans. Plus que trente minutes et elle pourrait le serrer contre son cœur. Une larme glissa le long de sa joue.

18:47 Écrit par Tayiam dans Clara | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Clara (4)

Nicolas était plongé dans ses réflexions. Jeune avocat stagiaire depuis moins d’un mois, il avait besoin de prendre ses marques. Pas facile de changer de mode de vie en si peu de temps. Hier encore, il était étudiant, aujourd’hui, le voilà dans le monde du travail. Et il n’avait que peu de temps à lui pour réfléchir à son équilibre, à son bien-être ou à lui-même tout simplement. Il n’y a que vingt-quatre heures dans une journée. Les trajets en transports en commun étaient donc idéaux pour réfléchir ! Pour ça ou pour lire un livre, selon son humeur.

 

Il avait son permis de conduire. Il aurait donc pu prendre sa voiture (elle était stationnée devant sa maison). Mais, il préférait les transports en commun. Pour le contact que cela lui procurait avec les gens. Et puis, cela faisait partie de son boulot. Son autre boulot.  Celui dont il ne parlait que peu. Cela faisait maintenant six ans qu’il l’exerçait. Il en avait fait du chemin depuis. Souvent, il se demandait pourquoi il avait été choisi, lui. Mais, il n’aurait sans doute jamais de réponse à cette question.

 

Une soudaine tension s’abattit sur lui. Il avait peur. Il se sentait fébrile, nerveux. Et infiniment triste. Ou plus exactement, quelqu’un de son entourage immédiat était dans cet état d’esprit. Il leva les yeux, tentant de deviner qui. Ce n’était pas toujours évident de repérer la bonne personne parmi la foule. Les gens sont rarement souriants quand ils sont seuls dans le tram. Mais, à cette heure-là de la journée, le monde se faisait rare. Il la repéra facilement, assise dans son coin.

 

C’était une jeune fille brune, aux cheveux mi-longs. Des lunettes presque transparentes. Un regard brun, assombri de crayon noir et d’une pointe de mascara. Elle portait un pantalon beige et une veste côtelée d’une couleur sombre incertaine qui tendait vers le vert kaki, le gris et le brun en même temps. Un sac à bandoulière chamarré était déposé sur ses genoux qu’elle tenait serrés l’un contre l’autre. Une farde reposait sur le siège à ses côtés. Sur la tranche, Nicolas lu « cours de 1ère BA – Droit ».

 

Il sourit, malgré lui. Une étudiante en droit. Mais, une bisseuse, visiblement. Sa farde était déjà remplie alors que l’année venait à peine de débuter.

 

Une nouvelle mission venait de commencer.

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09/01/2007

Clara (2)

Martin se demanda ce que lui voulait cette dénommée Clara. Elle lui donnait l’impression de le connaître, alors qu’il ne l’avait jamais réellement vue auparavant. Il l’avait sans doute croisée dans les couloirs de la faculté, certes. Mais ils ne s’étaient jamais parlés. Mais, surtout, elle avait l’air d’être complètement à côté de la plaque depuis qu’elle s’était assoupie en réunion. Elle avait pleuré, il le voyait, malgré le fait qu’elle ait tenté de le dissimuler sous l’eau froide.

 

-         Je dois te paraître complètement folle, sourit-elle. Je suis désolée j’ai fait un mauvais rêve, là au Bureau.

-         Ce n’est pas grave.

 

Clara marchait sur des œufs, elle le savait. Elle voulait obtenir la confiance de Martin avant de lui avouer son secret. Et en même temps, elle brûlait de rentrer chez elle serrer son père dans ses bras. Surtout, elle se demandait ce qui avait fait qu’une telle complicité naisse entre eux. Et elle n’en avait pas la moindre idée. Elle essaya donc juste d’être elle-même, mais, elle avait l’impression que la moindre de ses paroles sonnait fausse.

 

-         Tu as dû te demander comment je connaissais ton prénom. C’est Zoé qui me l’a dit. Quand on te cherchait. Elle nous a dit que vous étiez dans la même école en secondaire.

-         Mmh. Je m’en doutais.

-         Le monde est petit quand même. Tu sais que j’étais juste à l’école en bas de la vôtre ? C’est dingue qu’on ne se soit rencontrés qu’à l’unif.

-         On croise de nombreuses personnes dans sa vie. On n'en rencontre que peu.

-         C’est vrai ! admit-elle. Bon, je dois filer, j’ai un rendez-vous. Mais, je voulais juste m’excuser de mon comportement bizarre de tout à l’heure.

-         Il n’y a pas de problèmes. A l’assemblée générale, alors ?

-         A l’assemblée générale ! Salut.

 

Clara disparut rapidement au coin du couloir.

 

-         Une bien étrange fille, songea Martin.

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08/01/2007

Clara (1)

Clara ouvrit les yeux. Son cœur se mit à battre précipitamment.

 

Elle était au bureau étudiant. En pleine réunion. Les gens parlaient avec animation de la prochaine activité qui allait s’organiser : un Bal. Alexis présidait la réunion.

 

Clara avait l’impression de rêver. Alexis n’était plus président du BE depuis plus d’un an. Emma et Romain étaient à des années lumières l’un de l’autre, alors qu’ils étaient en couple depuis un tout petit peu plus d’un an. Martin, lui, donnait l’impression de débarquer. Ca faisait pourtant un an et demi qu’il était membre de l’association. Et il connaissait tout le monde. Pourtant, il restait dans son coin, le regard baissé, triturant les manches de son pull trop grand, comme s’il était mal à l’aise. Comme le premier jour où il était arrivé au BE, se dit soudain Clara.

 

-         Martin ?

-         Oui ? répondit-il, visiblement étonné.

-         Euh, on est quelle date ?

-         Le 28 septembre. Pourquoi ?

 

Clara resta silencieuse quelques minutes, puis, se tournant à nouveau vers lui et le regardant droit dans les yeux, lui demanda :

 

-         De quelle année, Martin ?

-         2006, répondit-il avec un demi-sourire et un seul sourcil levé, comme il savait si bien le faire. Mais, pourquoi ces questions ? Au fait, je ne sais même pas comment tu t’appelles.

 

Clara sentit sa tête tourner. Cela devait être un rêve ! Un an et demi venait de partir en fumée. Elle revenait un an et demi en arrière. Ce n’était pas possible. Elle devait forcément rêver. Elle se leva brusquement et quitta la réunion sans mot dire, devant le regard de plus en plus étonné de Martin qui se demandait où il avait atterri.

 

Le Bureau étudiant l’avait contacté pour qu’il s’occupe de leur site internet. Et il était sur le point d’accepter. Pourquoi pas, se disait-il. Il ne comptait de toutes façons pas vraiment s’impliquer outre mesure dans cette association.

 

Devant le Bureau, Clara composa fébrilement le numéro de téléphone de son père. C’était le seul moyen de vérifier qu’on ne lui faisait pas une mauvaise blague, même si elle avait l’impression de s’être endormie dans son lit et non au BE. La sonnerie retentit deux fois avant que la voix de son père ne réponde : « Oui ? Allô ? Que se passe-t-il, Clara? Allô ? »

 

Clara avait la voix coupée. Son père était mort huit mois auparavant. Enfin, visiblement, n’était pas mort. Des larmes se mirent à couler sur son visage.

 

Elle fila aux toilettes pour s’asperger le visage d’eau froide. Une fois qu’elle eût repris une certaine contenance, elle retourna au BE. Alexis présentait Martin aux membres. Clara avait les idées qui s’embrouillaient. Son cerveau tournait à cent à l’heure. Elle habitait donc à nouveau chez son père. Et elle devrait représenter les examens de 2ème. Mais, son père était encore en vie, et elle pourrait peut-être le sauver. Ce devait d’ailleurs être la raison d’un tel retour dans le passé. Elle en était certaine. Elle fut interrompue dans ses réflexions par Alexis.

 

-         N’est-ce pas, Clara ?

-         Oh ! Pardon, je n’écoutais pas, Alexis, je suis désolée, tu disais ?

-         C’est toi qui nous as proposé de prendre contact avec Martin, non ? Pourquoi ?

-         Ah, oui. Ben, euh, parce que Martin est fort présent sur le site. Il a l’air de s’y connaître. Alors, pourquoi pas ? Personne, ici, de toutes façons, ne peut s’en occuper.

-         Effectivement. Alors, qu’en penses-tu, Martin ?

-         Pourquoi pas, répondit-il en regardant Clara, mais, je ne m’y connais pas tant que ça, en fait. Que faudrait-il que je fasse ?

-         Ben, juste modérer le site. Vérifier qu’il n’y ait pas de débordements sur le forum, et ajouter les annonces et autres que nous te confierons.

-         Je ne sais pas trop si j’en suis capable.

-         Mais, si, Martin, lui assura Clara, tu en es capable. Je le sens. Et j’ai des pouvoirs de prémonition, tu peux me croire ! ajouta-t-elle, avec un clin d’œil.

 

Martin accepta la proposition, et Alexis expliqua qu’il faudrait attendre la prochaine Assemblée générale du BE pour pouvoir le coopter dans l’association.

 

La réunion finie, Clara pris Martin à part. C’était la personne en qui elle avait le plus confiance avant son réveil au BE. Et même s’il ne la connaissait pas encore, elle savait qu’elle pourrait, sans doute aucun, compter sur lui.

00:40 Écrit par Tayiam dans Clara | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |